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  • : Mon Univers : littérature, sciences et histoire se côtoient avec une pointe d'humour et de musique dans une chaude ambiance de feu agrémentée de photos, de dessins, de nouvelles et de citations.
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5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 09:57
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11 mai 2017 4 11 /05 /mai /2017 10:19

Résumé

Un utilisateur de Facebook qui m’avait déjà contactée m’a interpellée par message privé pour me demander mon avis sur le second tour. Je lui réponds Macron en lui donnant mes arguments. Je lui précise également que je suis adhérente UPR. Il m’exprime son désaccord en me disant que Le Pen est le moindre mal et que Macron nous apportera une pandémie de pauvreté sans pareil. D’après lui, nous sommes dans une Europe fasciste dont nous devons impérativement sortir. Il cite deux fois le nom d’Asselineau. Il écrit plusieurs messages à la suite. Dans l’un deux il dit que l’Europe est avant tout un programme nazi porté par Walter Hallstein et il soutient qu’Hitler et Mussolini étaient de gauche. Je lui lui détaille le programme de Marine Le Pen en lui expliquant pourquoi c’est une mauvaise idée et je lui dis qu’Hitler et Mussolini étaient d’extrême-droite. Il me dit que je me trompe et que ce que je dis relève du préjugé. Il me défend l’idée qu’être protectionniste n’est pas être xénophobe et me cite des exemples. Il enchaîne les messages et j’ai du mal à suivre. Mon interlocuteur est certainement sur un ordinateur, ce qui lui permet d’écrire plus vite que moi qui lui réponds sur un Iphone. Les réponses commencent à se faire en différé. Il ajoute qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, me dit que c’est l’Europe et l’OTAN fasciste qui provoquent l’immigration de masse par les guerres. Je réponds que je ne fais pas confiance à quelqu’un qui n’a pas d’expérience, je lui explique le clivage droite-gauche et lui explique que l’immigration n’est pas due à la pauvreté extrême, à la suite de quoi il répond que ce que je dis est irrationnel et que Le Pen a plus d’expérience que Macron et que la gauche et la droite n’ont pas lieu d’être dans le cadre de l’Union européenne. Je lui explique que je lui ai dit cela à propos d’Hitler, mais il persiste et me dit qu’il a plus de recul que moi et que je devrais plus écouter Asselineau. Je m’évertue à lui rappeler pourquoi je parle de gauche et de droite, mais il persiste et commence à s’énerver. Il dit qu’il est plus politisé que moi et que je suis incohérente, ce à quoi je réponds que c’est l’hôpital qui se fout de la charité. Il m’insulte, j’éclate de rire. Il me reproche de ne pas avoir compris l’Europe, puis me dit au revoir. Je me moque de lui. Il m’envoie un lien overblog pour me prouver qu’Hitler était de gauche, blog qui s’avère ne publier que des choses qui vont toutes dans le sens des idées du Front national. Il me dit que cela l’énerve de parler avec des ignorants qui n’assument pas de dire des sottises. L’allure générale de la conversation est à l’image du débat de l’entre-deux-tours : un interlocuteur posé, dans le factuel et le concret face à un autre interlocuteur énervé, impoli, dans les slogans. Il me rappelle que la priorité est la sortie de l’UE et que l’immigration est un sujet de seconde zone avant de me bloquer. Depuis un compte secondaire je lui envoie un message pour lui dire que sa logique le menait à voter pour des nazis. Il me débloque et s’excuse en me disant que c’est la cigarette et me dit que le nazisme correspond plus à L’UE et à Macron qu’au Front national. Il affirme exécrer le côté raciste et rétrograde de le Pen mais pense que c’est juste du marketting. Je réponds qu’il y a eu une campagne de dédiabolisation au Front national ayant mené la présidente à virer son propre père. Il me dit que c’est les médias qui lui donnent sa réputation, à tort. Je lui fais une liste de mesures proposées par le Front national pour lui démontrer en quoi elles sont en décalage avec le réel et en quoi les accusations d’extrême-droite sont fondées. Ce dernier message sera accueilli par le silence.

Lire la conversation en entier ici : http://feutiger.over-blog.com/2017/05/.html
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Analyse longitudinale

Deux aspects sont omniprésents dans cette conversation : les mécanismes de Facebook décrits dans l’article « Facebook est-il un contrepouvoir ? » et ceux de ce qu’on appelle la « dissidence », un ensemble nébuleux composé de plusieurs groupes très actifs sur les réseaux sociaux dont le dénominateur commun est de contester le système politique en place. Ce sont ces deux aspects que nous allons analyser à travers une analyse longitudinale.

Facebook

Facebook a été décrit comme un lieu d’anarchisme, au sens de l’organisation des libertés individuelles, notamment d’expression, comme le règne de l’instantané et de l’émotionnel et comme le temple de l’individualisme et de l’autovénération. Ces aspects apparaissent dans la conversation tels que décrits dans cet article.

Le déroulement de la conversation en elle-même reflète l’instantanéité de Facebook. Elle se déroule justement dans la conversation instantanée et mon interlocuteur enchaîne les messages plus ou moins longs tandis que je prends le temps de rédiger les miens. J’aurai d’ailleurs du mal à suivre son rythme. Le principe même de conversation instantanée détermine le type de conversation qui va s’y dérouler, en effet, le format même de ce type de messagerie défavorise l’argumentation. La rapidité de l’argumentation est plus importante que sa qualité. Elle est d’ailleurs peu fournie. Elle consiste en des phrases courtes, généralisantes et proches du slogan. « Voter macron c’est donner une fois de plus tout pouvoir à une oligarchie qui va s’enrichir sur la misère des peuples », « Macron est le spasme d’un système plouthocratique a bout de souffle et cela engendrera une épidémie de pauvreté sans pareil », Ce format, avec sa facilité pour le slogan favorise une argumentation comparable à ce qu’on appelle l’argument de comptoir, au point de pouvoir dire tout et n’importe quoi. J’écrivais dans mon article publié le 15 janvier dernier sur mon blog « Le slogan est plus efficace que l'argumentation. Il permet de dire tout ce que l'on veut, voire n'importe quoi, il permet les sophismes et les raisonnements fallacieux qu'on pourrait déceler si on prenait le temps de les décortiquer. ». Des affirmations telles que « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » ainsi que « Et Hitler et Mussolini était de gauche » en sont les témoins. Cette instantanéité institutionnalisée par Facebook amène un autre aspect qui est sa conséquence, c’est-à-dire le comportement émotionnel qui l’emporte sur la réflexion.

Mon interlocuteur affiche un énervement de plus en plus flagrant et avoué face à mes arguments. Il commence par mettre des points d’exclamation dans ses phrases pour me répondre, la construction de ses phrases affiche un début d’énervement. « Nan mais gauche ou droite c’est la même chose ! », « mais non sang à l’époque l europe existait pas ! » « Mais tu dis n’importe quoi ! ». Il ira jusqu’à m’insulter : « Mais bouffonne, tu sais même pas qu’Hitler était socialiste ! ». Cette dernière phrase montre que l’interlocuteur perd ses nerfs au point de devenir impoli en faisant une affirmation pour le moins inhabituelle en la posant comme une évidence. Cette évidence supposée fera l’objet d’une analyse dans un second temps. Il finira par afficher un énervement avoué : « oui ca m’énerve de parler avc des ignorants qui assument pas de dire des conneries », « et oui ca m’énerve que des ignorants assument pas leurs énormités ». En parlant de mon ignorance supposée, de « conneries » et « d’énormités », il fait bien sûr référence au fait que je ne « sache » pas qu’Hitler était de gauche. Comme je n’accepte pas ce que lui, pose comme une évidence, évidence contraire à ce que pensent la majorité des gens, y compris des historiens et des politologues, il se met en colère, me parle avec mépris et m’insulte. Au-delà de cette affirmation en elle-même, on voit une des conséquences provoquées par l’utilisation de Facebook : la possibilité de dire ce que l’on veut sans donner une argumentation construite, la remplaçant par des slogans et de mépriser et insulter ceux qui ne sont pas d’accord. Ce dernier comportement doit être mis en relation avec deux autres aspects sans quoi l’analyse serait incomplète. Il s’agit de l’effet désinhibiteur de la conversation par écran interposé qui permet plus facilement l’insulte qu’en face-à-face, tel qu’écrit dans mon article « Cet effet est permis par la discussion par écrans interposés. Ce mode de communication a un effet désinhibiteur. Comme on n'a personne en face de soi, on ne craint pas la réaction de notre interlocuteur, on ne craint pas d'être mal vu. Il est plus facile d'être agressif, arrogant et méprisant. ».

L’autre de ces aspects est l’individualisme dont Facebook s’est fait le temple. L’importance est donnée à l’individu, à ses opinions. J’avais écrit que « Facebook est un lieu d'expression individualiste. Ce réseau social met l'individu au centre. On y écrit pour se faire valoir, pour montrer combien on est intelligent, pertinent et spirituel. On le fait par le partage de l'information, des idées et des opinions. » Bien que cet aspect s’exprime de manière publique, il trouve sa prolongation dans la messagerie privée qui n’a pas de raison d’être épargnée. Mon interlocuteur commence à me faire la leçon de ce que je sais déjà, étant donné que nous avons les mêmes références politiques. « N’oublies pas que l europe est avant tout un programme nazi porté par hallstein et orchestré par les USA après la seconde guerre », . Lorsque je lui exprime mon désaccord sur l’appartenance de deux dictateurs à la gauche, il persiste et signe « non tu te trompe ils étaient de gauche ». À la suite de son affirmation, je vais lui expliquer ce qu’est la droite et la gauche pour lui démontrer qu’Hitler était bien d’extrême-droite. Il va sortir mes propos de leur contexte en me disant que je pars dans des faux-semblants étant donné qu’en Europe c’est Bruxelles qui tire les ficelles « Je pars du principe que tu te perds dans des faux-semblants en parlant de gauche ou droite là du moment que tu est en Europe tu n’as pas mot a dire aucune souveraineté aucun pouvoir décisionnel », je n’arriverai pas à le ramener au sujet initial. J’écrivais « Des débats stériles peuvent avoir lieu quand deux personnes donnent un sens différent à un mot ». Cette discussion le montre. « tu connais le traité de Rome (…) et celui de Lisbonne Maastricht ça te parle ou pas ? ». J’écrivais également « On n'examine pas toujours les arguments eux-mêmes, on cherche le sens général et on regarde s'il va dans son sens ce qui nous permet de le valider par un "j'aime" ou de le contredire, parfois de manière condescendante. ». Ici, il ne s’agit pas de valider ce que dit l’autre par un « j’aime » mais la logique reste la même. Mon interlocuteur refuse de valider mon argumentation sur l’orientation politique de deux dictateurs en décontextualisant mes propos. J’écrivais également que « Des désaccords mineurs peuvent dégénérer très vite en dispute, voire en agressivité. » Nous avons à la base la même orientation politique, mais suite au désaccord sur l’orientation politique de deux dictateurs, il se met à me rabaisser et à m’insulter : « Mais bouffonne tu sais même pas que Hitler était socialiste ! », il ira jusqu’à me bloquer. Enfin, j’avais également écrit « Si l'autre n'est pas d'accord, ce n'est pas parce qu'il a un autre point de vue, c'est parce qu'il n'a pas compris. ». C’est ce qui apparaît dans cette conversation à travers des propos tels que « tu comprends ou pas ??? », « tu te perds dans des faux-semblants en parlant de gauche ou droite », « là te te rends compte que c’est irrationnel ce que tu dis », « tu dis des choses irrationnelles » et le plus flagrant « Tu me parles d’immigration tu n’as pas compris que c’est un sujet de seconde zone ». Avec ce dernier aspect, nous pouvons comprendre que le mépris exprimé envers celui ou celle qui n’est pas d’accord est en fait l’expression d’un individualisme mettant son avis propre au-dessus de celui de l’autre à partir du moment où il est en désaccord. J’avais écris que « Facebook est un lieu d'expression individualiste. Ce réseau social met l'individu au centre. On y écrit pour se faire valoir, pour montrer combien on est intelligent, pertinent et spirituel. ». Il s’agit pour mon interlocuteur de montrer qu’il est plus intelligent que moi, qu’il comprend mieux la politique, comme il l’exprime en ces termes : « je suis bien plus politisé que toi ca se voit vu les carences don tu fais preuve ».

Enfin, dans cette conversation, mon interlocuteur use d’une arme assez particulière contre moi. Elle n’est pas basée sur la raison mais sur la rhétorique. En effet, alors que d’un côté il me parle avec mépris, me rabaisse et m’insulte, il m’accuse de faire preuve de suffisance et de toupet. « là tu te rends compte que c’est irrationnel ce que tu dis », « je vois tout cela avc bien plus de recul que toi », « Mais tu dis n’importe quoi ! (…) je ne suis pas que asselineau je suis bien plus politisé que toi ca se voit vu les carences don tu fais preuve. Tu dis des incohérences si tu connaissais un temps soi peu l’Europe. Bref ». « Mais bouffonne tu sais même pas que Hitler était socialiste ! Tu connais même pas les bas fond de l europe et tu tentes de me prendre de haut ta suffisance est aussi grande que ton toupet allé bye ». Il m’accuse également d’être dans l’argument de comptoir après avoir lancé des slogans. Alors qu’il avait déclaré qu’Hitler et Mussolini étaient de gauche et que « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde », plus tard il me dit ceci : « Je suis activiste depuis Sarkozy je milite je sais de quoi je parle toi tu es dans l’argument de comptoir ». Il tente d’inverser les rôles en m’accusant de faire ce qu’il a fait quelques minutes auparavant. La conversation est à l’image du débat du second tour où d’un côté on voit un Emmanuel Macron posé, dans le factuel face à une Marine Le Pen ricanante, dans l’argument de comptoir et les piques de bas étage qui à l’issue du débat accusait son adversaire d’avoir été agressif et d’avoir fait des attaques personnelles en disant que c’est la marque de quelqu’un qui a du mal à répondre sur le fond.

La dissidence

J’ai précédemment défini la dissidence comme un ensemble nébuleux de groupes et d’individus qui s’opposent au système en place, contestant l’ordre politique, voire l’ordre social. Elle possède plusieurs caractéristiques qui apparaissent tout au long de cette conversation.

La caractéristique la plus flagrante de cette dissidence est sa binarité. En effet, la dissidence, bien que les individus qui la composent se réclament d’une conscience politique supérieure à la moyenne voit le monde en terme de vrai et de faux, de bien et de mal où n’est établie aucune nuance. Le monde est composé d’un système monolithique dirigé par une oligarchie émettant une propagande contre laquelle se bat la dissidence en réinformant sa population. Cet aspect apparaît dans cette conversation à travers des phrases telles que « Et tu as des idées très arrêté sur quelqu’un qui n’a jamais été au pouvoir. Tu fais donc dans le préjugé. Ce préjugé du a une propagande du système oligarchique », « Je pense que les médias qui sont profondément contre elle (Marine Le Pen) lui impute trop souvent cela a tort ».

À cette binarité s’ajoute un second aspect qui est l’inversion des valeurs. En effet, la dissidence étant un anti-système, considère toute information provenant du système politico-médiatique comme de la propagande. L’aboutissement de cette logique amène le dissident à penser de façon contraire au système. Des affirmations telles que « N’oublies pas que l europe est avant tout un programme nazi porté par hallstein et orchestré par les USA après la seconde guerre. Et Hitler et Mussolini était de gauche » s’explique par cette pensée binaire d’inversion des valeurs, inversion qui revient souvent dans ces milieux très actifs sur les réseaux sociaux et que j’ai déjà décortiquée dans mon article. Cependant, il existe une explication plus profonde de cette inversion. En effet, il s’agit de légitimer un positionnement politique, c’est-à-dire le vote Front national, parti souvent assimilé à l’idéologie nazie et de rejeter la responsabilité des évènements de la Seconde Guerre mondiale sur la gauche politique. « Le nazisme ne correspond pas à ce que je connais de le pen mais se reproche beaucoup plus de ce qu’est l’Europe et macron ». Ainsi, accuser le Front national d’être d’extrême-droite relève du préjugé dû à la propagande oligarchique et accuser l’Europe d’être fasciste permet de légitimer le fait de vouloir en sortir. De même, ses idées ne sont pas xénophobes, c’est notre pays qui est laxiste et il propose simplement des réponses aux problèmes causés par le système. « Nous sommes dans un pays tellement laxiste que cela paraît xénophobe voire raciste », « Tu vas voter pour macron le fils chéri de l europe tu sais l europe qui a fait 8 millions de morts en Afrique et qui génère tout ces problèmes et notamment un concour de circonstances qui en mène à des immigrations de masse ». Le vote Front national est considéré comme un moindre mal « Je n’aime pas du tout Le Pen mais c’est un moindre mal » car le plus stigmatisé par le système-politico-médiatique. La pensée dissidente consiste pour le dire simplement à regarder dans quel sens le système se tourne pour se tourner dans le sens inverse. C’est un anticonformisme, c’est-à-dire un conformisme à l’envers.

La dissidence se caractérise également par sa vision apocalyptique de la société et de son avenir. « Macron est le spasme d’un système plouthocratique a bout de souffle et cela engendrera une épidémie de pauvreté sans pareil », « nous avons besoin d’un protectionnisme de sortir de cette Europe fasciste oligarchique c’est une évidence de survie ». Cette vision, particulièrement en ce qui concerne l’Union européenne est à mettre en face des discours apocalyptiques diffusés dans les médias sur l’éventuelle sortie de la France de l’Union européenne.

Enfin, dernier aspect et non des moindres, la dissidence, comme tout anti-système reproduit les travers qu’il dénonce chez le système en place. Il s’agit de la pensée unique dénoncée comme telle chez le système sociétal en place par la dissidence. Mon interlocuteur se réfère tout au long de cette conversation à François Asselineau en me récitant une leçon apprise tout en me la dispensant puisque pense-t-il je n’ai pas compris, ou pas assez écouté. « Comme asselineau le dit si bien l’article 5 de la constitution oblige le président de servir son peuple or macron sera et il le sait bien soumi a Bruxelles son programme ne sera même pas mis en œuvre car tous les ans Bruxelles donne son programme aux 28 présidents de l’UE et ce programme ultralibéral engendre tjr plus de problèmes », « Je crois que tu devrais écouter un peu plus ce que dit asselineau ». Ainsi, il enchaînera plusieurs messages au cours de la conversation dans lesquels il me récite les leçons qu’il a apprises de François Asselineau. On voit qu’un prisme d’analyse est privilégié, bien qu’il ne serve qu’à détourner l’attention de la discussion initiale, celui de l’orientation politique d’Hitler et de Mussolini. Avec la phrase suivante « Tu me parles d’immigration tu n’as pas compris que c’est un sujet de seconde zone qui est juste un moyen de fédérer des adhérents » on aperçoit ici l’existence d’une incompréhension face à une façon de pensée différente de ce qui est prescrit par la logique dissidente. Mon interlocuteur dogmatise l’évidence de la priorité de la sortie de l’Union européenne sans aucun point de vue différent permis. Face à mon choix politique est posée l’évidence du vote Le Pen comme moindre mal et l’intolérance face à un choix différent bien qu’argumenté. La nuance n’est acceptée que dans un sens, celui de la modération des accusations d’extrême-droite du Front national. La dissidence reproduit un système de pensée unique qu’il dénonce chez l’oligarchie qu’elle affirme combattre allant jusqu’au totalitarisme, puisqu’un point de vue différent est accueilli avec condescendance et mépris.

La dissidence est un anti-système qui reproche au système de donner des informations partiales, biaisées, voire mensongères et qui prétend réinformer sa population. On le perçoit à travers la déclaration suivante : "N'oublies pas que l europe est avant tout un programme nazi porté par hallstein et par les USA après la seconde guerre." Or, on s'aperçoit que l'individu ne maîtrise pas les concepts de gauche et de droite puisqu'il déclare que "Et Hitler et Mussolini était de gauche". Même si on a précédemment expliqué que cette inversion permettait avant tout de justifier un positionnement politique, même avec mes explications, il n'en démordra pas. Plus tard dans la conversation il déclarera "Je suis activiste depuis Sarkozy je milite je sais de quoi je parle toi tu es dans l'argument de comptoir". Bien qu'il prétende savoir de quoi il parle, ses années de militantisme ne lui ont pas permis de maîtriser des concepts politiques de base tels que gauche et droite. Il a seulement appris à répéter une rhétorique dissidente non fondée sur les sciences politiques.

Conclusion

Cette conversation qui est un cas d’école montre de Facebook que c’est un lieu d’expression instantanée et émotionnelle laissant peu de place à l’argumentation et à la réflexion. Ajouté à cela, l’individualisme favorisé par Facebook, tous ces aspects rendent l’écoute et le débat impossibles et mènent à la division. La dissidence se révèle être la reproduction de ce qu’elle prétend combattre, un système de pensée binaire et de pensée unique basée sur l’opposition systématique au système qui l’empêche de construire une cohérence intellectuelle. Ces deux composantes doivent être mises en relation car elles cohabitent et s’entremêlent. Facebook et les réseaux sociaux sont des lieux privilégiés de l’expression de la pensée dissidente qui ne peut être sans eux. Leurs mécanismes s’entremêlent jusqu’à faire corps. L’instantanéité et le comportement émotionnel favorisent le raisonnement binaire, le raisonnement binaire favorise le comportement condescendants envers l'opinion divergente. L'individualisme empêche la cohésion puisqu’elle met l’individu au-dessus de la cause. Les mécanismes mis en place empêchent ainsi à la pensée d’opposition de se structurer de manière cohérente et sérieuse. Facebook est « un outil du système qui neutralise toute opposition. De lui, aucune révolution ne peut émerger » tel qu’écrit dans mon article que cette étude de cas ne fait que confirmer et renforcer.

 

 

Lire mon précédent article sur Facebook :

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 16:30

Voici un scénario fictif et quelque peu futuriste sur la manière d'acheter et l'utilisation des informations personnelles par des groupes privés.

- "Pizza 2015, bonjour."

- "Bonjour, je souhaite passer une commande."

- "Puis-je avoir votre NNI, monsieur ?"

- "Mon numéro national d'identification (NNI), oui, un instant, voilà, c'est le 102049998-45-54610."

- "Merci Mr. Jacques. Donc, votre adresse est bien 316 rue de la Baguette et votre numéro de téléphone 494-2366. Votre numéro de téléphone professionnel à la DGI est 745-2302 et votre numéro de téléphone mobile 266-2566. De quel numéro appelez-vous ?"

- "Euh ? Je suis à la maison. D'où sortez-vous toutes ces informations ?"

- "Nous sommes branchés sur le système monsieur."

- "Ah bon ! Je voudrais deux de vos pizzas spéciales à la viande."

- "Je ne pense pas que ce soit une bonne idée monsieur."

- "Comment ça ?"

- "Selon votre dossier médical, vous souffrez d'hypertension et d'un niveau de cholestérol très élevé. Votre assurance maladie vous interdit un choix aussi dangereux pour votre santé."

- "Aïe ! Qu'est-ce que vous me proposez alors ?"

- "Vous pouvez essayer notre Pizza allégée au yaourt de soja. Je suis sûre que vous l'adorerez."

- "Qu'est-ce qui vous fait croire que je vais aimer cette pizza ?"

- "Vous avez consulté les 'Recettes gourmandes au soja' à votre bibliothèque locale la semaine dernière monsieur. D'où ma suggestion."

- "Bon d'accord. Donnez m'en deux, format familial. Je vous dois ?"

- "Ça devrait faire l'affaire pour vous, votre épouse et vos quatre enfants monsieur. Vous nous devez 50 euros."

- "Je vous donne mon numéro de carte de crédit."

- "Je suis désolée monsieur, mais je crains que vous ne soyez obligé de payer en liquide. Votre solde de carte de crédit dépasse la limite".

- "J'irai chercher du liquide au distributeur avant que le livreur n'arrive."

- " Ça ne marchera pas non plus monsieur. Votre compte en banque est à découvert."

- "Ce n'est pas vos oignons. Contentez-vous de m'envoyer les pizzas. J'aurai le liquide. Combien de temps ça va prendre ?"

- "Nous avons un peu de retard monsieur. Elles seront chez vous dans environ 45 minutes. Si vous êtes pressé, vous pouvez venir les chercher après être avoir retiré du liquide, mais transporter des pizzas en moto est pour le moins acrobatique."

- "Comment diable pouvez-vous savoir que j'ai une moto ?"

- "Je vois ici que vous n'avez pas honoré les échéances de votre voiture et qu'elle a été saisie. Mais votre moto est payée, donc j'ai simplement présumé que vous l'utiliseriez."

- "@#%/$@&?#!"

- "Je vous conseille de rester poli monsieur. Vous avez déjà été condamné en juillet 2006 pour propos insultants."

- ...

- "Autre chose monsieur ?"

- "Non, rien. Ah si, n'oubliez pas les deux litres de soda gratuits avec les pizzas, conformément à votre pub."

- "Je suis désolée monsieur, mais une clause d'exclusion de notre publicité nous interdit de proposer des sodas gratuits à des diabétiques."

 

Selon l'article 9 du Code civil, "Chacun a droit au respect de sa vie privée". La Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, stipule que "toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance".

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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 17:48

     5000 personnes dorment à bord d'un vaisseau spatial, le Starship Avalon qui voyage à destination de la planète Homestead II. Le voyage est d’une durée de 120 ans. Les passagers sont maintenus dans un état d’hibernation le temps du voyage dans des capsules individuelles. Ils sont supposés se réveiller quatre mois avant l'arrivée. Mais un accident survient lorsqu’un météore particulièrement gros parvient à traverser le bouclier du vaisseau provoqu ant un dysfonctionnement. Un passager nommé Jim Preston, mécatronicien de fonction, se réveille 90 ans trop tôt. Celui-ci va rapidement comprendre qu'il est condamné à passer tout le reste de sa vie seul à bord du vaisseau.

Un certain nombre de thèmes sont présents dans ce film : bien sûr le rapport à la technologie, mais aussi l’amour, la mort, la solitude, mais également les loisirs, la nature et la jouissance.

/!\ SPOILERS /!\

I – Se réveiller seul au monde

     Tout d’abord, nous analysons le cadre du film : un vaisseau à destination d’une planète nouvelle avec à son bord un simple mécatronicien en route pour une terre où il pourra se rendre utile, construire sa maison. Cette allégorie est celle du simple ouvrier qui traverse la mer ou l’océan pour immigrer. Ce voyage intersidéral est en fait une prolongation du sans-frontiérisme.

     Quand il se rend compte qu’il s’est réveillé trop tôt, Jim tente tout pour essayer de tout faire rentrer dans l’ordre, en vain. Il cherche alors du réconfort auprès d’Arthur, le barman androïde du vaisseau qui lui dit de ne pas penser à pourquoi il est là, maintenant et qu’il devrait profiter de ce qui est disponible. La situation de Jim est une allégorie de la présence de l’homme sur Terre : un accident. Tout comme Jim s’est accidentellement réveillé au milieu de l’espace bien que tous les androïdes lui soutiennent que c’est impossible, l’apparition de l’homme sur la Terre, au milieu de l’espace est due à un hasard improbable. De la même manière que Jim s’est réveillé accidentellement sans moyen de se rendormir et n’a plus qu’à profiter des services proposés par le vaisseau, l'homme doit chercher à profiter au maximum de la vie plutôt que de passer son temps à essayer de lui trouver un sens ou de chercher à miser sur un éventuel au-delà. C’est ce qu’il va faire sur les conseils d’Arthur, son unique compagnon.

     Jim va alors profiter de toutes les prestations que le vaisseau offre, notamment en matière de loisirs : restaurants, basket, bar, danse, balade dans l'espace, piscine, jeux vidéos… Jim va alors entrer dans une utilisation anarchique de ses loisirs solitaires, libéré de toute autorité et de tout regard social. très vite, la solitude commence à le ronger et Jim sombre peu à peu dans une dépression qui va même le conduire au bord du suicide. Un jour, il trouve la cabine d’Aurora Lane à qui il va s’intéresser à travers des interviews disponibles à bord du vaisseau. Il est alors tenté de la tirer de son sommeil pour se sortir de sa solitude. Un dilemme s’offre à lui : mettre une autre personne dans le même pétrin que lui sans possibilité de retour en arrière en s’offrant la possibilité de se sortir de sa solitude et de vivre une histoire d’amour ou continuer à vivre seul sans la déranger. Malgré ses tentatives ne ne pas céder à la tentation, il finira par y céder.

 

II – Une vie à deux, seuls au monde

 

     Aurora a d’abord du mal à se faire à l’idée de passer sa vie à bord du vaisseau. Commence alors pour eux deux une vie d’amour et de luxe, une vie de couple de rêve où ils se partagent à eux seuls tous les loisirs disponibles à bord du vaisseau qui trouvent alors une nouvelle dimension. L'homme est un être social avant tout. Un être qui ne peut pas être heureux s'il vit seul, quand bien même il aurait accès à tout ce qu'il veut. La jouissance solitaire, anarchique et nihiliste ne peut lui procurer le bonheur. La jouissance doit se faire dans un cadre collectif, en communion avec les autres. Grâce à elle, il a accès à de nouvelles prestations alimentaires, plus luxueuses, celles-ci. Seul, il n’avait accès qu’à des petits déjeuners bas de gamme, mais comme Aurora a payé un voyage de première classe, il peut accéder à des petits déjeuners de luxe. L’individu seul ne se suffit pas à lui-même, il a besoin de congénères avec qui il peut être complémentaire. Jim, dans sa jouissance solitaire, était malheureux. Mais avec Aurora, sa « femme », il retrouve le bonheur. Cela fait aussi écho au récit biblique Adam et Eve. Adam se sentait seul et Dieu lui a suscité une femme pour qu'il puisse y trouver calme, joie et sérénité auprès d'elle.

 

III – Le vaisseau en péril

 

     Un troisième personnage est réveillé, il s’agit du chef du quart, Gus Mancuso dont la capsule vient de subir un dysfonctionnement. Le dysfonctionnement de sa propre capsule a provoqué chez lui des nécroses internes, il est donc condamné. Grâce à lui, ils ont accès à tout le vaisseau. Il va les aider à comprendre l’origine des dysfonctionnements du vaisseau. En effet, ils découvrent que suite à la collision qui a réveillé Jim, les problèmes s’enchaînent et se déchaînent, mettant le vaisseau et toute sa communauté humaine en péril. Ils vont alors devoir chercher l’origine de la panne et y remédier, au péril de leur propre vie. C’est l’utilisation de la technologie qui est ici critiquée et qui met en péril l’humanité. Cela nous renvoie à notre utilisation actuelle de la technologie. Lors de la dernière scène du film, on voit dans le hall qu’un immense jardin a poussé que des robots sont en train d’entretenir. Les deux personnages ont retenu la leçon du risque technologique et qu’elle doit être utilisée en harmonie avec la nature. C’est le message que veut nous envoyer le film à ce moment là.

     Le rapport à la mort est également présent et s’affirme de plus en plus au cours de ce film. D’abord, c’est Jim qui découvre qu’il va mourir à bord du vaisseau, ensuite Aurora qualifie le geste de Jim consistant à l’avoir réveillée de « meurtre », Gus meurt à la suite de son réveil brutal et accidentel, enfin, c’est la vie de tous les passagers qui est en jeu. D’abord, ce rapport à la mort trouve comme réponse la jouissance absolue à travers l’amour et les loisirs, à la fin, il faut remédier au risque que tout le monde meure accidentellement. Cela nous renvoie naturellement à notre propre rapport à la vie et à la mort. En effet, en l’absence de vie céleste, nous devons profiter au maximum de notre vie terrestre. Cependant les conséquences de l’application de cette idée qui passe par l’utilisation de la technologie et le consumérisme sont en train de mettre l’humanité en péril. Pour l’éviter nous devons utiliser plus sagement la technologie.

 

Conclusion

 

     L’apparition de l’homme au milieu de l’espace, tout comme le réveil de Jim Preston, est accidentel. Plutôt que de se perdre en conjectures sur le but de sa présence, il faut profiter de ce qui est à notre disposition ici bas. La jouissance ne peut être que collective, son aboutissement étant l’amour entre deux êtres.

     Le film apparaît comme le passage d’hommes d’une terre à une autre, une « traversée du désert » qui a pour objectif de reconstruire ailleurs une civilisation nouvelle. Le vaisseau et les capsules d’hibernation sont en quelque sorte les cocons dans lesquels l’humanité subit une mutation qui va les mener à une utilisation plus parcimonieuse de la technologie, en harmonie avec la nature.

 

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 12:00

     Facebook est un réseau social, lieu d'expression où chacun peut s'exprimer, se faire entendre. On peut échanger avec ses amis, avec un grand nombre d'utilisateurs, on peut se rassembler pour débattre de sujets important comme des loisirs. On peut y exprimer ses idées et partager de l'information. Le fil d'actualité nous bombarde d'informations dans lesquelles on peut piocher et s'informer comme on veut par le biais de pages auxquelles il suffit de s'abonner. Facebook nous rend autonomes, nous permet de nous rassembler, de partager de l'information alternative. Facebook est-il donc un contre-pouvoir? Pour répondre, nous allons voir comment la pensée s'exprime à travers Facebook, ensuite, nous analyserons l'effet de Facebook sur les liens sociaux, enfin, nous observerons les effets produits par le virtuel.

Facebook est-il un contre-pouvoir?

1) L'expression de la pensée sur Facebook

     Pour voir comment on s'exprime sur Facebook, analysons un fil d'actualités. On y est bombardé d'informations, de signaux. On y trouve des informations qui diffèrent par leur nature : statuts, images dont certaines sont en gif, vidéos dont certaines se mettent en route toutes seules, des articles, des annonces. Elles diffèrent par leur provenance : amis, pages, groupes, annonceurs. Enfin, elles diffèrent pas leur thème : loisirs, actualités, politiques, sciences, etc. Notre attention est attirée par une chose et l'autre, on passe du coq à l'âne. On n'a pas le temps d'analyser chaque sujet avec attention l'un après l'autre. Il faut réagir à l'instant de manière rapide, si bien qu'on commente parfois un article sans l'avoir lu. On réagit à l'instant T. Qu'est-ce qui s'exprime plus vite qu'une émotion? Les réactions sont souvent émotionnelles et ne favorisent pas la réflexion. Les boutons de réaction de Facebook expriment d'ailleurs un panel d'émotion.

Facebook est-il un contre-pouvoir?

Pour être lu, il faut être percutant, il faut être concis. A chaque fois qu'on publie, on risque d'être noyé dans la masse. De plus, les sections de commentaires ne sont pas prévues pour développer un raisonnement structuré, elles sont faites pour commenter. Plus on écrit quelque chose de long, moins on a de chance d'être lu jusqu'au bout. N'essayez pas non plus d'être pertinent, les slogans sont suffisants car ils sont plus percutants qu'un raisonnement construit, argumenté et nuancé. Il faut être rapide car les commentaires s'enchainent et on a tôt fait de perdre le fil et de retrouver de nombreux commentaires à lire après avoir quitté la conversation pendant plusieurs heures.

Exemple d'un raisonnement fallacieux dû à la non-maîtrise du concept de national-socialisme qu'il est possible de déceler grâce à une recherche internet. Le commentaire du bas est encore un exemple de raisonnement de ce type qui consiste à définir les mots comme on le souhaite afin de leur faire dire ce que l'on veut. L'auteur de ce commentaire essaie de vider les mots de leur substance, vider les concepts de leur contenu. Pour décridibiliser ce genre de commentaires, il suffit de prendre un dictionnaire ou de faire de l'histoire.

Exemple d'un raisonnement fallacieux dû à la non-maîtrise du concept de national-socialisme qu'il est possible de déceler grâce à une recherche internet. Le commentaire du bas est encore un exemple de raisonnement de ce type qui consiste à définir les mots comme on le souhaite afin de leur faire dire ce que l'on veut. L'auteur de ce commentaire essaie de vider les mots de leur substance, vider les concepts de leur contenu. Pour décridibiliser ce genre de commentaires, il suffit de prendre un dictionnaire ou de faire de l'histoire.

Pour partager un raisonnement construit il faut le faire à travers un article. Les blogs ont un format favorisant la réflexion et l'argumentation, en tout cas bien plus que Facebook. Seulement, les articles se retrouvent noyés dans une masse, certains les commentent sans les avoir lus. Facebook a également un impact négatif sur la concentration. Le travail est entrecoupé de coups d'œil sur Facebook, le fait d'être stimulé sans cesse par des signaux provoque une addiction qui fait que plus on y passe de temps, plus il est difficile de se concentrer sur un sujet. Une étude montre que 52 % des enfants de 13 à 17 ans avouent aller sur un réseau social pendant qu'ils font leurs devoirs. Et 25 % le font au moins 30 minutes tous les jours. Les adultes en font tout autant et on estime à une demie heure par jour le temps perdu sur Facebook en entreprise. À force de faire du zapping, on devient moins patient et il est plus dur de se concentrer sur la lecture d'un livre, voire sur la lecture d'un article sérieux. Le slogan est plus efficace que l'argumentation. Il permet de dire tout ce que l'on veut, voire n'importe quoi, il permet les sophismes et les raisonnements fallacieux qu'on pourrait déceler si on prenait le temps de les décortiquer. Chose intéressante : sur Facebook on retrouve les thèmes discutés dans les grands medias. Il n'est pas nécessaire d'allumer sa télévision pour savoir ce qu'il s'est passé pendant la journée. On y retrouve les émissions de télévision. Les thèmes abordés quel que soit l'angle sous lequel ils le sont, ont été choisis par les médias mainstream. La télévision décide jusque là de ce dont il faut parler. Pourtant Facebook se veut être une alternative au système médiatique et prétend rendre les individus autonomes dans leur rapport à l'information.

 

Voici un exemple d'argumentaire fait de slogans ("pourquoi l'un est beau et l'autre laid?") et de sophismes (Le PS et LR soutiennent des lobbies et des guerres, or les lobbies et les guerres sont d'extrême-droite (en tout cas selon sa définition), donc PS et LR sont d'extrême-droite), les définitions prises (celles de gauche, droite, extrême-droite) ne sont pas celles des sciences politiques, mais celles qui arrangent l'auteur. L'auteur ne maîtrise pas le concept de national-socialisme car il croit que c'est le marxisme en plus du nationalisme alors que le nazisme était opposé au marxisme ce qui aurait pu être su suite à une rapide recherche sur wikipédia. Tout ce raisonnement fallacieux permet de justifier le nationalisme, concept qu'il ne maîtrise pas non plus et qu'il confond avec le souverainisme et l'indépendantisme tout en délégitimant les partis au pouvoir. Vous noterez le manichéisme du "vous avez insulté pendant des décennies tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec vous de Nazis" typique de celui qui n'aime pas entendre un son de cloche plus nuancé. Le manichéisme est tout le contraire d'une démarche scientifique.

Voici un exemple d'argumentaire fait de slogans ("pourquoi l'un est beau et l'autre laid?") et de sophismes (Le PS et LR soutiennent des lobbies et des guerres, or les lobbies et les guerres sont d'extrême-droite (en tout cas selon sa définition), donc PS et LR sont d'extrême-droite), les définitions prises (celles de gauche, droite, extrême-droite) ne sont pas celles des sciences politiques, mais celles qui arrangent l'auteur. L'auteur ne maîtrise pas le concept de national-socialisme car il croit que c'est le marxisme en plus du nationalisme alors que le nazisme était opposé au marxisme ce qui aurait pu être su suite à une rapide recherche sur wikipédia. Tout ce raisonnement fallacieux permet de justifier le nationalisme, concept qu'il ne maîtrise pas non plus et qu'il confond avec le souverainisme et l'indépendantisme tout en délégitimant les partis au pouvoir. Vous noterez le manichéisme du "vous avez insulté pendant des décennies tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec vous de Nazis" typique de celui qui n'aime pas entendre un son de cloche plus nuancé. Le manichéisme est tout le contraire d'une démarche scientifique.

Comme nous le voyons, tout cela a un effet sur la teneur des débats. On ne prend plus le temps d'examiner chaque argument et on n'a plus le temps de construire les siens. On ne cite plus de sources, on ne vérifie plus rien. On fait des raccourcis, des citations hors contexte, on juge l'honnêteté d'un politicien à une photo. Or, une éducation aux médias devrait permettre d'éviter de tirer des conclusions à partir d'une image. On ne sait plus analyser un argument et reconnaître des niveaux de preuves. C'est le règne de l'irrationnel, de l'émotion, de l'instantané.

Voilà comment un internaute démontre que l'islam représente un danger pour la France : avec des faits isolés les uns des autres qui ne se passent même pas en France. Notons au passage que l'excision qu'il dénonce ici n'a d'existence ni dans le Coran ni dans la Sounna et qu'elle est aussi pratiquée dans des pays chrétien d'Afrique subsaharienne.

Voilà comment un internaute démontre que l'islam représente un danger pour la France : avec des faits isolés les uns des autres qui ne se passent même pas en France. Notons au passage que l'excision qu'il dénonce ici n'a d'existence ni dans le Coran ni dans la Sounna et qu'elle est aussi pratiquée dans des pays chrétien d'Afrique subsaharienne.

Un autre considère un témoignage trouvé sur internet comme une preuve. (Une assertion exceptionnelle mérite des preuves exceptionnelles sans quoi elle peut être rejetée sans preuve).

Un autre considère un témoignage trouvé sur internet comme une preuve. (Une assertion exceptionnelle mérite des preuves exceptionnelles sans quoi elle peut être rejetée sans preuve).

2) Le lien social sur Facebook

     Fait important à souligner : grâce à Facebook les hiérarchies disparaissent. L'anonymat partiel de Facebook ne permet pas de savoir à qui on a affaire. Ainsi, on s'adresse au branleur de la même façon qu'on s'adresse au docteur, sans tenir compte du statut social, de l'âge, du niveau de diplôme. Cet effet est permis par la discussion par écrans interposés. Ce mode de communication a un effet désinhibiteur. Comme on n'a personne en face de soi, on ne craint pas la réaction de notre interlocuteur, on ne craint pas d'être mal vu. Il est plus facile d'être agressif, arrogant et méprisant. On n'examine pas toujours les arguments eux-mêmes, on cherche le sens général et on regarde s'il va dans son sens ce qui nous permet de le valider par un "j'aime" ou de le contredire, parfois de manière condescendante. On prend les définitions qui nous plaisent pour légitimer ou affirmer une idée. Des débats stériles peuvent avoir lieu quand deux personnes donnent un sens différent à un mot, par exemple celui de "démocratie" entre les étymologistes et les dialectistes si je puis l'exprimer ainsi qui préfèrent prendre ce terme dans son sens dialectique. On discute de sujets sérieux sans rigueur en se prenant pour des intellectuels. Des désaccords mineurs peuvent dégénérer très vite en dispute, voire en agressivité. Lorsque deux personnes ne partagent pas le même point de vue, il est très rare que les uns et les autres s'apportent quoi que ce soit. Au contraire, chacun reste borné dans ses idées. Si l'autre n'est pas d'accord, ce n'est pas parce qu'il a un autre point de vue, c'est parce qu'il n'a pas compris. Il ne faut pas oublier une chose : Facebook est un lieu d'expression individualiste. Ce réseau social met l'individu au centre. On y écrit pour se faire valoir, pour montrer combien on est intelligent, pertinent et spirituel. On le fait par le partage de l'information, des idées et des opinions. On débat avec les autres pour montrer qu'on a mieux compris qu'eux. Chacun a raison, il n'y a plus d'idée centrale autour de laquelle se rassembler, mais surtout plus de chef fédérateur. On se divise sur des désaccords mineurs, les courants de pensée se subdivisent jusqu'à représenter un seul individu. Facebook est l'accomplissement de la démocratie, il est la réalisation d'un anarchisme au sens politique, c'est-à-dire une organisation sociale sans autorité et sans hiérarchie. La liberté absolue à laquelle s'ajoute l'arrogance de l'individualisme ne mène qu'à la division. Facebook divise jusqu'à réduire l'individu à son individualité triomphante. Les oppositions y sont ainsi neutralisées. La maison divisée contre elle-même finit par s'effondrer.

2) Les effets produits par le virtuel

     Pourtant, tout porte à croire que Facebook est une alternative sérieuse au système : la parole y est libre, l'information partagée n'est pas sélectionnée par les médias. Il existe des pages et des groupes d'information alternative. Seulement, ces pages et ces groupes n'ont pas toujours de réalité physique. Pour ceux-ci, Facebook devient alors une finalité tandis qu'il est un moyen pour d'autres médias de partager des informations et leurs activités réalisées dans le monde réel.

Groupe qui propose de changer le système en n'ayant pas d'existence physique.

Groupe qui propose de changer le système en n'ayant pas d'existence physique.

Ici, deux médias d'information alternative de plus ou moins grand prestige
Ici, deux médias d'information alternative de plus ou moins grand prestige

Ici, deux médias d'information alternative de plus ou moins grand prestige

Cette démocratie absolue nous berce d'illusions. Nous avons vu par quels processus Facebook nous empêchait de développer une réflexion rigoureuse et de nous fédérer. Facebook ressemble en effet à un réseau où on peut s'exprimer sans être censuré, où on peut débattre, se fédérer, où on peut résister. Nous avons vu qu'il n'en est rien. Faire croire à un contre-pouvoir est à la fois le plus grand danger de Facebook et sa plus grande réussite. Facebook se révèle être un miroir aux alouettes où tout le monde croit être dans un lieu où on peut s'organiser et espérer changer le système. Si c'était le cas, pourquoi ledit système ne diabolise-t-il pas Facebook? Parce que Facebook ne fait pas peur au système, tout au contraire, le système s'en sert. Les annonceurs y font leur publicité, les hommes politiques y sont présents. Facebook est un lieu public. Les services secrets n'ont qu'à lire ce qui s'y passe pour connaître l'évolution de tout mouvement d'opposition. Facebook est surtout un lieu virtuel où il est impossible de mener une quelconque révolution contre le pouvoir des banques, la corruption ou quoi que ce soit. Examinons ce qu'est un profil Facebook : on y met ce qui nous représente. On s'y présente sous son meilleur jour. Il faut se faire valoir, montrer à quel point on est beau, joyeux, intelligent, combien nos goûts sont intéressants, combien nos vies sont merveilleuses. Pour ce faire, on sélectionne les informations qu'on montre. Le but est de récolter le plus de réactions possible. Plus on a de "j'aime" et de commentaires, plus on a atteint son but et plus on s'autosatisfait. Il y a plusieurs moyens d'attirer l'attention : l'humour, la pertinence, l'émotion, etc. Que montrent de nous une photo de vacance ou d'un dîner en famille, une réflexion faite, un slogan imaginé à un instant T? Notre profil ne montre de nous que ce que nous laissons paraître, des choses correspondant à un instant T. Des études montrent une corrélation entre le nombre d'amis Facebook et la déprime. Voir ses "amis" sous leur meilleur jour nous autodévalue. D'ailleurs, revenons sur le mot "ami". Un ami est quelqu'un avec qui nous partageons une affection et une complicité réciproque. Plus on a d'amis, plus on est sociable. Mais que reflète notre nombre "d'amis" Facebook sur la qualité de notre relationnel dans la vie réelle? Pour avoir des amis, il suffit d'envoyer des invitations à n'importe qui, à force certains accepteront et ainsi il est possible de dépasser les 1000 amis, or, qui a 1000 amis dans la vie réelle? Certes, personne. Facebook est le terrain d'un immense jeu de rôle où on peut se mettre dans la peau d'une star, d'un intellectuel ou dans celle d'un résistant.

     Facebook est donc un lieu d'illusion où la pensée ne peut s'exprimer de manière construite et réfléchie, qui de par ses effets désinhibiteurs couplés à l'individualisme arrogant ne fait que diviser. Il est un outil du système qui neutralise toute opposition. De lui, aucune révolution ne peut émerger. Sa plus grande force qui est à la fois son plus grand danger est de faire croire en ce qu'il prétend être et qu'il n'est pas. Il est la prolongation du système, l'accomplissement de la démocratie dépouillée de toute hiérarchie et de toute censure et de l'individualisme. C'est l'organisation des plus bas instincts, des défauts de chacun. Un défouloir où chacun peut exprimer son mécontentement, ses contestations. Un canalisateur de toutes les oppositions et de toutes les velléités de contestations du pouvoir en place. Ainsi, Facebook est une protection pour le système qui fait miroiter à ses opposants la possibilité de s'unir pour renverser le pouvoir. C'est l'organisation d'un consumérisme de la dissidence. Sur Facebook on évolue dans un monde virtuel totalitaire et aliénant. C'est en réalité un totalitarisme consenti où chacun dévoile volontairement sa vie privée et ses opinions. Facebook a pour prolongation Twitter qui est une poursuite du processus de la brièveté. Snapchat est l'accomplissement de cette société de l'image et de l'instantané, il est privé de la moindre pensée car il ne sert qu'à partager de l'image qui sitôt visionnée s'évanouit.

 

Le soleil brille et il est vert,

L'herbe jaune pousse sur les pierres,

Les souris bleues volent dans le ciel,

On trouve de l'or dans les poubelles,

Les feuilles des arbres sont des miroirs,

Facebook est un contre-pouvoir.

Liens sur la déprime causée par Facebook

http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/27/facebook-depressif-lien-utilisatrices-sentiment-solitude_n_5395673.html

http://www.20minutes.fr/web/1586559-20150414-facebook-liker-bonheur-autres-conduirait-depression

La baisse de concentration provoquée par Facebook :

http://www.e-sante.fr/cote-obscur-facebook/actualite/1005

Pour les commentaires présentés :

Le rapport du nazisme au socialisme et à l'anticapitalisme

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nazisme#Le_rapport_du_nazisme_au_socialisme_et_.C3.A0_l.27anticapitalisme

Définition de "extrême-droite" et de "nationalisme"

https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/extremedroite

https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/nationalisme

Le statut juridique de l'excision dans le sunnisme :

http://www.islamophile.org/spip/Le-statut-juridique-de-l-excision.html

les niveaux de preuves (à 5:32)

https://www.youtube.com/watch?v=tBfxnYtV4sc

 

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Published by Tigre de Feu (original) - dans La pilule rouge
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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 14:10

          On a vu ces derniers temps passer dans l’actualité des images d’animaux maltraités dans des abattoirs révélées par l’association L214. Notamment celle d’un agneau accidentellement écartelé vivant. Ces scandales entraînent la fermeture des abattoirs concernés pour inspection, puis leur réouverture.  Ces images sont là pour remettre en cause les méthodes d’abattage entraînant stress et douleurs aigües chez les animaux. Au mieux, cela a pour conséquence plus de réglementation du traitement animal… jusqu’au prochain scandale. Les abattoirs ne sont que la partie émergée de l’iceberg. La traite des animaux a lieu tout au long de leur vie, de leur naissance à leur mort dans les élevages et les laboratoires. Avec toutes les règlementations en vigueur et le militantisme pour la cause animale, bien peu de choses ont changé dans la condition animale. Pour savoir si une protection animale plus efficace est possible, il est nécessaire de comprendre le cadre historique et idéologique dans lequel notre rapport à l’animal s’exerce. En premier lieu, nous verrons l’évolution de la place de l’animal dans notre société de l’époque moderne jusqu’à aujourd’hui de la thèse de l’animal machine jusqu’à l’exploitation moderne de l’animal  en passant par la montée de l’affection pour les animaux. Dans un deuxième temps, nous nous intéresserons à la protection de l’animal en elle-même à travers les motifs anthropocentriques et ceux qui mettent l’animal au centre et nous verrons quels résultats ont été obtenus. Enfin, nous parlerons de la situation actuelle de l’exploitation animale et de ses conséquences sur le long terme.
 

Une protection animale plus efficace est-elle possible ?

         

I – La place de l’animal dans la société

a) Animal-machine

          Si la situation de notre rapport à l’animal en est là où elle en est, c’est avant tout dû à la thèse de Descarte de l’animal machine. Selon cette thèse, développée dans Discours de la méthode, l’animal est un être dépourvu de raison que Dieu a créé sur le modèle des automates que nous connaissons mais dans une bien plus grande complexité et dont l’homme doit disposer. Cette thèse ne consiste pas à dire que l’animal est une machine, elle dit que l’animal doit être traité comme telle par l’homme qui doit se faire « maître et possesseur de la nature ». De cette thèse, les conséquences sont observables depuis le début du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui, notamment à travers la vivisection et l’expérimentation animale, mais aussi dans l’industrie agroalimentaire. Ce sont des points sur lesquels nous reviendrons. Au XIXème siècle il était impossible pour un étudiant en médecine d’échapper au spectacle de la vivisection. Ce thème est présent dans la Cinquième partie de Discours de la méthode où Descartes décrit l’expérience d’une dissection animale et nous décrit l’intérieur. Le corps de l’animal est censé nous en apprendre sur ses mécanismes, il faut pour se faire, regarder à l’intérieur comme on ouvrirait une machine pour voir comment elle est faite. Nous allons étudier l’évolution du rapport à l’animal au XIXème siècle. Dans la ville au XIXème siècle il est courant de croiser des animaux et d’en voir supporter des charges : chevaux, ânes, chiens, moutons, vaches. Les chevaux étaient particulièrement utilisés pour tirer des véhicules : charrettes, cabriolets, omnibus, ce qui en faisait des animaux des plus familiers. Ils étaient fréquemment battus et obligés de supporter des charges trop lourdes, si bien qu’il arrivait de les voir agoniser sur la route. Aucun intérêt n’était accordé à leur bien être et il était alors courant de voir des animaux faméliques dont le corps était déformé par les exercices physiques qu’on leur imposait. Les animaux de boucherie étaient abattus en ville dans des lieux où on pouvait aller et venir comme sur les marchés. Il arrivait qu’une bête à moitié égorgée se sauve et renverse tout sur son passage. Quand ils ne servaient pas un intérêt directement utilitaire, les animaux étaient employés comme divertissement dont l’exemple le plus connu est la tauromachie, mais aussi les combats de coqs. Tout cela bien sûr se faisait à la vue des enfants. L’animal au début du XIXème siècle était donc un objet d’exploitation, une matière première à disposition. L’animal lui-même n’intéressait pas, son bien-être n’importait pas. Son seul intérêt résidait dans les services qu’il pouvait rendre, par sa force de travail, sa chair ou encore pour le divertissement qu’il était susceptible d’offrir.
 
b) Montée de l’affection pour les animaux
 
          Mais petit à petit, la tolérance envers la violence et les spectacles morbides s’est mise à diminuer, la société se pacifiait. La violence envers les animaux était de moins en moins tolérée. Cette sensibilité s’adressait aux chiens utilisés comme bêtes de somme et plus particulièrement aux chevaux, qui étaient très familiers aux citadins du XIXème siècle. Le rapport à la viande en est un exemple éloquent. Les premiers abattoirs furent créés à Paris en 1809 afin d’éloigner le spectacle de l’abattage de la vue des âmes sensibles. Désormais, on ne présente plus des grosses pièces de viande, trop proche de leur forme animale, mais on la présente en petites portions. Le champ lexical a lui aussi évolué de façon à séparer l’animal de sa viande. Ainsi tout bovin adulte devient du « bœuf », le cochon devient du « porc ». Cette différenciation est beaucoup plus marquée dans la langue anglaise. Le rapport moderne à la viande doit ainsi faire autant que possible oublier le rapport avec un animal mort. Au fur à mesure du XIXème siècle, on observe une montée de l’affection envers les animaux. La principale cause de ce changement de point de vue sur l’animal a été la théorie de l’évolution de Darwin De l’origine des espèces publié en 1859 qui met à jour la proximité entre l’homme et l’animal. Cette révélation a eu deux types de réactions ambivalentes : d’une part une montée de la compassion envers les animaux et d’autre part une peur de l’abaissement de l’homme à l’animalité, l’animal étant associé à la brutalité. Avec la compassion, c’est également la sympathie pour les animaux, ce sentiment qui fait prendre possession imaginairement du corps de l’autre pour ressentir sa souffrance. L’affection pour les animaux augmente avec les femmes en première ligne, puisqu’étant au foyer ce sont elles qui prennent soin de la famille, y compris des animaux domestiques. La protection animale sera d’ailleurs intimement liée à la libération de la femme au cours du XIXème siècle. Le XIXème siècle voit fleurir les récits mettant en scène des animaux destinés aux enfants et des poèmes consacrés aux animaux. Ces récits mettent en scène les animaux dans un rôle de narrateur. D’autres sont inspirés de faits réels comme des histoires de chiens qui sauvent des enfants de la noyade. Ces récits ont pour but de sensibiliser le public à la cause animale. Avec le développement des machines, l’animal laisse peu à peu place aux moteurs et l’animal utilitaire disparaît au profit de l’animal de loisir avec lequel l’homme a des relations amicales. Au XXème siècle se développe la contemplation et l’admiration de la nature. Des documentaires sont réalisés afin de sensibiliser le public à la préservation de la nature. Le premier du genre, Par dix-huit mètres de fond réalisé en 1942 par Jacques-Yves Cousteau présente la vie sous-marine au public. Plus récemment dans la même veine, le film Océans montre la vie sous-marine sur grand écran, réalisé en 2010 par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. L’heure est désormais à l’homme admirateur de la faune sauvage et bienfaiteur qui place la victime animale sous sa protection afin de lutter contre la disparition des espèces due à la surexploitation de la nature.
c) Exploitation moderne de l’animal
 
          De nos jours, deux types de rapport à l’animal cohabitent au sein de notre société. D’une part un rapport d’affection avec par exemple les chiens, les chats, ou de loisir comme avec les chevaux, les cétacés et les animaux des cirques.  D’autre part un rapport de possesseur à exploité où l’animal joue le rôle d’une machine destinée à être transformée en nourriture ou à tester des produits cosmétiques. Dans le premier cas, le rapport amical, consumériste, agréable à l’homme est visible de tous tandis que dans le deuxième cas, le rapport d’exploitation est honteusement caché. Il s’agit de l’industrie agroalimentaire où l’animal naît en étant destiné à l’abattoir et toute sa vie sera consacrée à la préparation de ce but. Il s’agit aussi de l’expérimentation animale où des animaux ont pour seule destinée de tester des produits cosmétiques, médicamenteux ou autres avant qu’ils soient mis sur le marché ou encore de servir à des expériences de psychologie ou de biologie. Ces animaux seront tués en n’ayant jamais senti la sensation de l’herbe sous leur pattes. On estime que deux milliards d’animaux sont tués en France chaque année et qu’un éleveur pourra tuer entre six et neuf millions d’animaux sur 25 ans de travail. L’ambivalence est la plus flagrante en ce qui concerne les delphinariums où des dauphins  vivent dans le seul but d’amuser les enfants. Ils vivent enfermés dans des piscines chlorées où ils développent des problèmes de peau après avoir été capturés en mer en ayant survécu au massacre de leurs congénères, pour ceux qui ne sont pas nés en captivité. C’est un exemple flagrant de la cohabitation amicale de façade entre l’homme et l’animal et l’exploitation et les mauvais traitements qui en découlent qui, eux, restent à l’abri des regards du public, qui lui, ne se doute pas des mauvais traitements comme la privation de nourriture subis par le dauphin pour exécuter des cascades sous ses yeux. Le public y voit des dauphins amis de l’homme aimant leur dresseur, prêts à exécuter des tours par abnégation, par amour de leur dresseur et du genre humain et surtout par amusement. Cette ambivalence dans le rapport à l’animal au sein de notre société aboutit à une contradiction. Nous voulons que l’animal nous serve mais nous ne voulons pas qu’il souffre, comme le prouvent les scandales provoqués par les vidéos de L214. Or, notre exploitation de l’animal n’est pas parvenue à supprimer la souffrance animale. Nous sommes ici en plein dans le paradigme de l’animal-machine qui attend de l’homme qu’il traite l’animal pour ses besoins sans pour autant nier sa capacité à souffrir et à ressentir du plaisir. Le rapport de l’homme à l’animal dans notre société consiste en un rapport d’exploitation, de consumérisme, de loisir. Il nous est agréable d’avoir un animal chez soi, d’aller caresser des poneys, de voir le spectacle d’animaux sautant dans des cerceaux comme nous apprécions d’avoir un bon steak dans notre assiette. Pour gérer ces désirs et leurs dérives, le moyen trouvé par notre société consiste à réglementer et rationaliser les pratiques liées aux animaux. Cette rationalisation va du simple protocole d’abattage aux traités internationaux interdisant la chasse de certaines espèces. Elle s’appuie sur les différents mouvements de protection animale et leur militantisme que nous détaillerons dans la partie suivante.

2 – La protection de l’animal

a) Des motifs anthropocentriques
 
          Puisque avant la théorie de l’évolution de Darwin l’animal n’intéressait pas pour ce qu’il était, les premières lois de protection animale ne visaient pas, paradoxalement à protéger les animaux. Les Britanniques furent novateurs avec le Martin’s Act, première loi en 1822 à interdire la violence publique envers le bétail. La loi Gramont suivit quelques décennies plus tard, en 1850 en France interdisant elle aussi la violence envers les animaux. Ces lois furent votées non par souci du bien être animal, mais dans le but de réprimer la violence publique. La violence envers les animaux se retournerait inévitablement contre les hommes. La première société protectrice des animaux fut créée en Grande-Bretagne en 1824 sous le nom de Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (société royale de prévention à la cruauté à l’égard des animaux) la Société Protectrice des animaux fut quant à elle crée en 1845. Elles non plus n’avaient pas pour objet la souffrance animale. Leur objectif était de lutter contre la violence publique. Leur but était la pacification des hommes entre eux. On voulait également éviter aux âmes sensibles le spectacle de la violence. L’éducation des enfants était visée. Un enfant qui maltraitait un animal était fortement susceptible de devenir à l’âge adulte un bourreau pour ses congénères. Les gravures de William Hogart The Four Stages of Cruelty illustrent cette crainte. Des moyens furent mis en place auprès des adultes comme des enfants pour les sensibiliser à la cause animale. Les récits d’animaux servaient ce but. Le livre Mémoires d’un âne de la comtesse de Ségur a été rédigé à cet effet.  Des peluches d’animaux étaient confiées aux enfants afin d’éveiller leur sensibilité. À ces moyens, il faut ajouter des systèmes de récompense, de punition et de surveillance. Des concours étaient organisés avec à la clé une médaille, des inspecteurs étaient mis en place pour pouvoir punir les contrevenants. On encourage à faire preuve de douceur dans le dressage des animaux. Les moyens mis en place auprès des enfants dans la sensibilisation à la protection animale visent à former des citoyens maîtres d’eux-mêmes. Même pour des motifs religieux, la protection animale se fait au nom d’un anthropocentrisme. En Angleterre, c’est l’ascétisme protestant qui, par le végétarisme décide de s’appliquer à la protection animale. Le protestant le fait plus par vertu personnelle que par compassion envers les animaux. Exercer une compassion que rien n’oblige envers des êtres insignifiants élève l’homme à l’excellence morale. On protège l’animal pour soi et non par charité. De la même façon, encore aujourd’hui le FBI surveille les cruautés envers les animaux qui sont classées parmi les crimes majeurs. On a en effet observé que les criminels responsables de meurtres en série s’étaient auparavant exercés sur des animaux. Les motifs de la protection animale sont anthropocentriques depuis le XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui. Cependant, les motifs invoqués sont toujours des motifs de sensibilité et de compassion. Pour mettre en place cette volonté de protéger les animaux contre les actes cruels, il a fallu invoquer la qualité d’être sensible de l’animal.
Une protection animale plus efficace est-elle possible ?

b) Les motifs zoocentristes


          La compassion envers les animaux pour eux-mêmes a émergé vers la fin du XIXème siècle. Le combat principal des protecteurs des animaux est la vivisection où les femmes sont en première ligne. Les journalistes Marie Huot et Frances Power Cobbe en sont les principaux exemples. Les moyens d’action des militants de la cause antivivisectionniste sont le dévoilement des activités cachées. Pour ce faire, certains militants et militantes s’inscrivent en faculté de médecine pour y tenir un carnet des cruautés faites aux animaux. La zoophilie (comprendre amour pour les bêtes en dehors de toute signification clinique et péjorative) se présente comme la forme la plus aboutie de l’humanisme. Ces motifs de protection animale peuvent se résumer en cette citation de Lamartine « on n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme, l’autre pour l’animal. On a du cœur ou on en a pas ». Emile Zola et Victor Hugo font partie des penseurs les plus influents de cette protection animale. Le poème d’Hugo Le Crapaud sert à faire passer l’idée partagée les militants de la protection animale que maltraiter un animal ce n’est pas seulement s’abaisser à la brutalité, c’est aussi nuire à une conscience. Ainsi, même la SPA instrumentalisera le registre de la sensibilité pour éduquer les hommes à plus de civilité entre eux. De la fin du XIXème au long du XXème siècle, le registre de la sensibilité n’en sera que croissant. La compassion pour les animaux étant indissociable de l’abolition partielle des hiérarchies entre espèces par les théories de l’évolution constitue la genèse de la mouvance antispéciste. Henry Salt était un des précurseurs à cette mouvance qui avait publié en 1892 Les droits de l’animal considérés dans leur rapport avec le progrès social. Bien plus tard, en 1975, Peter Singer publie La libération animale considérée aujourd’hui comme un œuvre majeure de l’antispécisme. Cependant, Singer est un philosophe utilitariste qui pense qu’on devrait donner une considération morale aux animaux sur des critères communs avec l’humain, il s’agit de l’intérêt à ne pas souffrir. L’aboutissement de l’antispécisme arrive en 1983 avec Les droits des animaux écrit par Tom Regan qui lui, considère l’animal comme un sujet de sa propre vie et insiste sur l’intérêt d’un être à vivre sa vie. Il s’oppose ainsi à l’utilitarisme de Singer car il considère que les « sujets-d’une-vie » possèdent des droits et que ceux-ci doivent-être respectés. En revanche, aucun d’entre eux ne voit un égalitarisme au sein des espèces animales dans leur droit à la vie. Ils ne remettent pas en cause le fait qu’un humain normal en bonne santé perd plus en mourant qu’un animal d’état comparable en matière de possibilité d’expériences de vie. Le registre émotionnel est un des motifs majeurs de notre époque de la protection des animaux auprès de la population. Il s’avère être le plus à même d’éduquer les masses dans plus de compassion envers son prochain. Cependant, le zoocentrisme a fait l’objet de railleries de la part de la communauté scientifique. La sensiblerie des antivivisectionnistes a été raillée par les médecins, les accusant de sensiblerie et de préférer les animaux aux humains. Ces moqueries allaient jusqu’à considérer la défense des animaux comme une pathologie mentale. C’est à cette époque que le mot « zoophilie » prend son sens péjoratif. La journaliste féministe Flora Tristan considérait que la défense des animaux était une forme d’oppression envers les hommes les plus faibles. Elle a dénoncé l’oppression des lois de protection sur les servants prolétaires auxquels les animaux étaient confiés et qui ne bénéficiaient pas d’autant d’attention. Le mépris de la sensiblerie est toujours observable de nos jours lorsqu’elle met une entrave à l’activité humaine. Les défenseurs des animaux sont l’objet de dérision, voire de stigmatisation et leur cause est minimisée.

Le Crapaud - Victor Hugo

« (…)
Un homme qui passait vit la hideuse bête,
Et, frémissant, lui mit son talon sur la tête ;
C'était un prêtre ayant un livre qu'il lisait ;
Puis une femme, avec une fleur au corset,
Vint et lui creva l'œil du bout de son ombrelle ;
Et le prêtre était vieux, et la femme était belle.
Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
– J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel ; –
Tout homme sur la terre, où l'âme erre asservie,
Peut commencer ainsi le récit de sa vie.
On a le jeu, l'ivresse et l'aube dans les yeux,
On a sa mère, on est des écoliers joyeux,
De petits hommes gais, respirant l'atmosphère
À pleins poumons, aimés, libres, contents ; que faire
Sinon de torturer quelque être malheureux ?
(…)

c) Les résultats obtenus


         Les législations sur la protection animale ont contribué à adoucir les mœurs au XIXème siècle dans une société qui se pacifiait. Le militantisme des deux siècles passés a abouti a plus de législation sur la question animale. Elle a abouti à plus de règlementations et de normes tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Le statut juridique de l’animal est passé de « bien meuble » dans l’article 528, chapitre des biens du Code civil à « être sensible » par la loi de juillet 1976 du Code pénal qui interdit les actes de cruauté envers les animaux domestiques. En 2014, l’animal est passé du statut de « bien meuble » à celui d’« être vivant doué de sensibilité ». Il existe désormais une meilleure prise en compte morale de leur capacité à souffrir. Le bien être animal a été rationalisé au moyen de protocoles dans la façon de traiter et d’abattre les bêtes. On préconise « la fin des souffrances inutiles ». L’application des lois et des protocoles ne se fait pas toujours en raison des cadences imposées et de l’inapplicabilité de certaines lois comme la loi européenne interdisant le transport de veaux pendant plus de huit heures, le sont dans les faits sur une durée de plus de quarante heures. C’est cette réalité qui se retrouve diffusée par des associations comme L214. Le scandale de l’abattoir du Vigan avait entraîné sa fermeture pour inspection. En 2010, une série d’inspections avait mis en lumière les manquements aux protocoles pour lesquels des réformes avaient été lancées permettant de remettre les abattoirs français sur les rails. Même respectés, ces lois et ces protocoles ne suffisent pas à assurer un confort optimal car elles ne couvrent pas toutes les pratiques allant à l’encontre du bien-être animal. L’industrie agroalimentaire exige une exploitation toujours plus poussée de l’animal pour ses propres profits, mais aussi pour répondre à une demande croissante (enfermement des poules et des truies dans des espaces à peine plus grands qu’eux, etc). Répondre à la détresse animale ainsi créée exigerait encore plus de rationalisation de l’exploitation animale avec toujours plus de lois et toujours plus de règles. Le bien-être animal est pris en compte tant qu’il n’entrave pas l’utilité que l’homme moderne peut tirer de son exploitation. La Commission européenne s’est prononcée le 3 juin 2015 en faveur de la poursuite de l’expérimentation animale. À l’heure actuelle, aucune libération animale dans le sens de Regan n’est envisageable. La société contemporaine n’a jamais abandonné la traite animale pour le bien des animaux. Au mieux, la société établit une rationalisation de l’exploitation animale en vue de minimiser leurs souffrances. Peter Singer lui-même déclare dans la deuxième édition de son livre La libération animale que depuis la première parution de son livre, bien peu de choses ont changé. À cette rationalisation, il faut ajouter qu’il existe une forme de « spécisme » qui applique des lois à certains animaux et pas d’autres en fonction de notre rapport à chaque espèce. Alors que la mise à mort volontaire d’un animal de compagnie est passible d’une amende de 1500€, la mise à mort d’un animal d’exploitation est convenue mais doit mettre fin aux souffrances inutiles et depuis 2010, un décret a pour objet le  « délit d’entrave à la chasse ». Cette compassion et cette indignation à géométrie variable démontre un anthropocentrisme déguisé.  Dans le cas contraire, toute exploitation  de l’animal qui lui serait nuisible aurait été interdite. La compassion étant par définition « Sentiment de pitié qui nous rend sensible aux malheurs d'autrui » (Larousse) ce qui est protégé chez l’animal est ce qu’il y a d’humain en lui. Jamais l’animal n’a donc été protégé pour lui-même.

1807 Code civil : « bien meuble »
1975 : Code pénal : « être sensible »
2014 : Code civil : « être doué de sensibilité »
Animaux de compagnie : «blesser un animal ou entraîner sa mort volontairement est puni de 1 500 € d'amende (3 000 € en cas de récidive).
Abattage : « Les locaux, les installations et les équipements des abattoirs doivent être conçus, construits, entretenus et utilisés de manière à épargner aux animaux toute excitation, douleur ou souffrance évitables. » (2003)
Chasse : « Est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe le fait, par des actes d'obstruction concertés, d'empêcher le déroulement d'un ou plusieurs actes de chasse »
Article R214-71
« La saignée doit commencer le plus tôt possible après l'étourdissement et en tout état de cause avant que l'animal ne reprenne conscience. »
Article R214-69
« I. - L'immobilisation des animaux est obligatoire préalablement à leur étourdissement et à leur mise à mort.
La suspension des animaux est interdite avant leur étourdissement ou leur mise à mort.
II. - Les dispositions du I ne s'appliquent pas :
1° Aux volailles et aux lagomorphes dans la mesure où il est procédé à leur étourdissement après leur suspension ;
2° Aux animaux dangereux mis à mort d'urgence dans l'enceinte d'un établissement d'abattage. »
Article R215-8
« I.-Est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la 4e classe :
3° Le fait de procéder ou de faire procéder à une saignée dans des conditions contraires à l'article R. 214-71 ;
4° Le fait de ne pas immobiliser les animaux préalablement à leur étourdissement et, dans le cas de l'abattage rituel, préalablement et pendant la saignée ;
5° Le fait de suspendre un animal conscient, contrairement aux dispositions de l'article R. 214-69 ;
6° Le fait, en dehors des cas prévus à l'article R. 214-70, de ne pas étourdir les animaux avant leur abattage ou leur mise à mort ; »
 
3 – L’Exploitation moderne de l’animal, ses conséquences sur le long terme et ses enjeux

a) La situation actuelle de l’exploitation animale

          Aujourd’hui, l’élevage traditionnel est marginal dans notre région du monde. Il n’est l’effet que de quelques petits exploitants qui les utilisent pour leur consommation personnelle. Dès qu’il s’agit de commercialiser leur production, l’abattage devient industriel. Il est le même qu’il s’agisse des abattoirs de grandes entreprises ou d’abattoirs labellisés. L’élevage et l’abattage industriels sont le modèle suivi par les sociétés développées. Avec l’émergence de nombreux pays en voie de développement, c’est ce modèle qui s’exporte et qui s’impose. Le tiers-monde est entré dans sa phase d’industrialisation : la Chine, l’Inde, le Brésil suivis par divers pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud qui sont en train de se régler sur le modèle alimentaire occidental. Là où le niveau de vie augmente, la consommation de viande explose, augmentant de façon exponentielle le nombre de consommateurs réguliers d’aliments carnés. Aujourd’hui, entre 50 et 60 milliards d’animaux sont tués chaque année pour être mangés. La FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) estime qu’en 2050, la consommation de viande aura doublé. La population mondiale connaît une explosion démographique qui contribue à augmenter le nombre de consommateurs de viande. Avec cette augmentation exponentielle de production de viande, il faudra, pour répondre à une telle demande, élever et tuer de plus en plus d’animaux à des cadences toujours plus élevées. Cette industrialisation devra se faire de façon institutionnalisée et banalisée. Nous l’avons vu, la rationalisation de l’exploitation animale permet seulement d’éviter des souffrances qui ne vont pas à l’encontre des besoins industriels. Ce modèle, une fois exporté dans des pays émergents, qui n’ont pas derrière eux plusieurs siècles de rationalisation animale devra à son tour, s’il veut éviter la souffrance animale passer d’un élevage et un abattage traditionnel à une production réglementée en l’espace de quelques années. Autrement dit, ils devront commencer à zéro d’autant plus que certains de ces pays comme la Chine n’ont pas du tout de tradition d’éthique animale. Pour répondre à la demande croissante en viande, il est nécessaire de nourrir les animaux en céréales. Aujourd’hui, les trois quart des terres agricoles servent à nourrir les animaux destinés à l’abattage et la moitié de la production agricole y est consacrée. Consacrer tant de produits issus de l’agriculture pour la donner aux animaux prive d’autres humains de l’accès à la nourriture et fait considérablement augmenter les prix. L’augmentation de prix a entrainé de nombreuses émeutes dans différents pays du monde. En janvier 2007, des Mexicains sont descendus dans la rue pour protester contre la flambée des prix. En effet, l’aliment de base des Mexicains, la tortilla a vu son prix augmenter de 40%. Tous ces besoins agricoles nécessitent de l’espace. Cet espace est obtenu par le défrichement. On estime que 70% de la déforestation mondiale est due à l’élevage. L’élevage nécessite de grandes quantités d’eau et représente à lui seul 70% de l’épuisement mondial d’eau potable. Produire autant nécessite du carburant. L’élevage pollue. L’élevage nécessite du carburant et notamment du pétrole, lequel n’est pas le seul qui une fois dans l’atmosphère fait augmenter l’effet de serre, les gaz émis par les immenses troupeaux de vaches ne sont pas à négliger. Répondre à une demande en viande exponentielle nécessite une exploitation des ressources exponentielles. Or, le renouvellement des ressources naturelles, lui n’augmente pas de façon exponentielle…
 
b) Les conséquences sur le long terme

          Cette exploitation toujours plus importante des ressources naturelles ne sera pas, bien évidemment sans conséquences sur l’environnement ni sans répercussions sur l’homme lui-même. En premier lieu, la production de viande entraîne directement trois grands types de problèmes : la pollution, la déforestation et l’épuisement des ressources.
          La pollution, ce sont les nitrates, les pesticides et les nombreux produits chimiques employés par l’industrie agricole. Ce sont aussi les gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. Le CO2 rejeté par les véhicules et les machines agricoles et le méthane, rejeté par les vaches élevées en grand nombre. Ce dernier gaz a un potentiel de réchauffement global 25 fois supérieur au dioxyde de carbone. Le niveau atmosphérique du méthane est passé entre 2007 et 2008 de 25,4 millions de tonnes à 5,6 milliards de tonnes. Cette présence massive de gaz à effet de serre provoque un réchauffement du climat qui entraîne un dérèglement du cycle naturel des saisons dans différentes régions du monde. C’est ce réchauffement qui est responsable de la fonte des glaces et du permafrost, mais aussi de certaines catastrophes naturelles. La fonte du permafrost entraîne à son tour une nouvelle libération de gaz à effet de serre qui accélère le réchauffement climatique et la fonte des glaciers. La fonte des glaciers a pour conséquence de priver certaines espèces de leur habitat et de leur terrain de chasse naturels, les ours polaires en première ligne. Elle a aussi pour conséquence de faire monter le niveau des eaux et à modifier profondément l’environnement côtier. Cela va entraîner des catastrophes naturelles telles que les inondations, les vagues de chaleur et les sécheresses. Enfin, ces transformations climatiques, ainsi que la pollution auront un impact direct sur la santé humaine avec la transmission de maladies comme le paludisme et la dengue.
          Les forêts sont ce qui permet de renouveler l’air qu’on respire. Elles seules sont capables de recycler le gaz carbonique émis dans l’atmosphère et de le transformer en oxygène. La forêt amazonienne est comme on l’entend si souvent, le poumon de la planète. Le WWF déclare que « près de la moitié de la forêt humide pourrait se transformer en paysage désertique d’ici 25 ans ». Non seulement la déforestation empêche l’air de se recycler naturellement, mais c’est tout un écosystème qui est détruit. La forêt protège de l’érosion du sol et une fois la forêt disparue, le terrain n’est plus propice à la réapparition d’une zone boisée. La forêt abrite tout un écosystème de faune et de flore qui se retrouve menacée de disparition. La disparition de certaines espèces entraîne la disparition d’autres espèces qui se retrouvent privées de leur nourriture ou qui prolifèrent faute de prédateur faisant à son tour disparaître des espèces. Au Brésil, le nombre d’espèces menacées a triplé en 15 ans. La liste des espèces qui y sont menacées n’en compte pas moins de 627. La déforestation entraîne la disparition de tout un écosystème. C’est un cercle vicieux.
          L’épuisement des ressources entraînera des famines sur le long terme dues à plusieurs facteurs tels que la sécheresse, mais aussi au partage inéquitable des ressources. En effet, les pays du Nord peuvent produire en bien plus grande quantité que les pays du Sud : un hectare de céréales produit dix tonnes de grains en France contre 650 kg au Mali. Une fois sur le marché, cette grande quantité de produits agricoles fait baisser les prix et fait subir une concurrence déloyale aux paysans locaux qui ne peuvent plus vendre et n’ont pas les moyens financiers et juridiques de se défendre contre les multinationales qui rachètent leurs terres pour produire des légumes qu’ils revendront plus cher aux Européens. L’épuisement des ressources entraînera une hausse des prix des denrées alimentaires, c’est-à-dire crises économiques, disettes et famines. Face à ces prix qui augmenteront constamment, les plus pauvres seront les plus vulnérables. Pour les couches moyennes de la population, les familles verront leur budget alimentaire augmenter au détriment d’autres choses comme les loisirs. On peut imaginer que les lobbies de l’alimentation verront leur pouvoir grandir considérablement et seront capables d’exercer une pression plus forte sur les Etats.
          Exporter notre modèle dans le reste du monde entraînerait un creusement des écarts des richesses entre les pays du Nord et les pays du Sud, entraînerait une traite animale toujours plus importante et une disparition de certaines espèces sauvages. Cela entraînerait des réactions en chaîne qui auraient des répercussions sur l’humanité. De ces réactions, nous pouvons en identifier dix principales : l’épuisement des ressources, la déforestation, la pollution, le réchauffement climatique, la disparition des espèces, les catastrophes naturelles, les maladies, les déplacements de population, les crises économiques et les famines.
Une protection animale plus efficace est-elle possible ?
Une protection animale plus efficace est-elle possible ?
c) Des enjeux mondiaux
 
          Il est maintenant clair que nous ne pouvons pas soumettre les animaux à nos désirs lorsque deux tiers de la population mondiale est prête à vivre comme un occidental. Cela entraînera, nous l’avons vu des désordres écologies et géopolitiques. Cela entraînerait également une traite animale sans précédent pas toujours régulée et surveillée avec l’exportation de ces produits sur les marchés internationaux. Il est urgent de trouver des alternatives sérieuses à ce mode de production.  Les hommes sont-ils prêts à devenir végétariens ? Pas sûr. Si la production et la distribution de viande est aussi forte, c’est avant tout pour répondre à une demande. Nous vivons dans une société du désir. Pour preuve que cette production répond à une demande, le déclin de la boucherie chevaline se fait parce que la population est de moins en moins demandeuse en raison de son attachement affectif pour le cheval. Si le lobby de la viande est si puissant c’est qu’il bénéficie d’un large plébiscite de sa marchandise et si celui des insectes est inexistant, c’est parce qu’il ne correspond à aucune demande de la population. Ces désirs posent problème. Comment nourrir une population croissante quand une minorité d’entre elle accapare les ressources pour répondre à ses propres désirs. Nourrir la population mondiale. Voilà l’enjeu de demain. Il serait possible à condition de consacrer les céréales produites que mangent actuellement les animaux à l’alimentation humaine. Il faudrait, pour mettre cela en application arriver à canaliser les désirs de la population occidentale. La technologie pourra-t-elle nous aider à nourrir tout le monde ? Des travaux de biologistes sont déjà à l’étude qui permettrait de produire de la viande en plus grande quantité sans souffrance animale. L’association PETA (Political for Ethical Treatment of Animals) propose un million de dollar à quiconque serait capable de produire et commercialiser cette viande. D’autre part, un prototype qui permettrait d’élever des poulets sans cortex cérébral évitant ainsi toute souffrance est lui aussi à l’étude. Cette technologie aurait le mérite de résoudre une contradiction dont nous avons parlé dans notre partie précédente. La consommation de viande resterait possible, mais la souffrance animale serait réduite à néant. Si cette technologie arrivait à être appliquée serait-elle suffisante pour régler les problèmes liés à l’écologie et à la faim dans le monde ? Entraînerait-elle à son tour une cascade de nouveaux problèmes ? Nul ne peut répondre aujourd’hui. Pourrait-on être amené à substituer la viande au profit d’autres apports en protéines ? Les insectes, consommés depuis des millénaires sur d’autres continents sont une source non négligeable de protéines. Remplaceront-nous les élevages bovins par les élevages de criquets ? L’humanité deviendra-t-elle entomophage ? Cette solution pourrait en tout cas considérablement réduire notre empreinte écologique tout en nous apportant les protéines dont nous avons besoin. Le végétarisme pourrait-il finir par s’imposer de lui-même à une importante part de l’humanité, suffisamment importante pour qu’elle ne soit plus l’aliment de base de l’humain ? Ainsi, la viande laisserait place aux céréales et aux féculents et permettrait de mieux répartir les ressources de la planète. Les décennies qui viennent répondront à ces questions. En attendant, le changement de nos habitudes se fait de plus en plus urgent.
 
Une protection animale plus efficace est-elle possible ?

Conclusion


          Dans la société occidentale, l’animal a toujours été un objet d’exploitation, une matière première dont l’homme pouvait disposer selon ses besoins. Le motif qui historiquement a pu amener la prise en compte de la souffrance animale a été anthropocentrique. Cet anthropocentrisme s’est appuyé tout au long de l’histoire de la cause animale sur l’affection portée à l’animal d’où découle l’empathie. Faire souffrir un animal est mal car placé dans une situation similaire, nous souffririons autant que lui. L’animal ne peut être placé au-dessus de la liberté qu’a l’homme d’en disposer à sa guise (à moins de remettre en cause l’anthropocentrisme en profondeur et tous les aspects qui en découlent). En ajoutant à cela la souffrance humaine que l’exploitation animale engendre, les motifs anthropocentriques s’avèrent les plus pertinents dans le cadre actuel pour répondre à la souffrance animale. L’hypothèse de la libération altruiste de l’animal n’est à ce jour pas envisageable. Elle ne l’est qu’à condition que l’homme en retire un bienfait. En revanche, le système pourra s’appuyer sur les mouvements abolitionnistes pour promouvoir ses nouvelles positions de la même manière que depuis la fin du XIXème siècle il s’appuie sur la compassion populaire pour promouvoir une plus grande rationalisation de l’exploitation animale. Les mouvements abolitionnistes de la cause animale en eux-mêmes sont voués à rester marginaux et à être instrumentalisés par le système pour en venir à ses fins. Quelle sera la place de l’animal au sein de la société occidentale, seul l’avenir pourra en décider. Cependant, des solutions telles que la fabrication de viande artificialisée ouvrent une nouvelle porte en direction du transhumanisme. Les autres solutions actuellement envisageables comme la consommation d’insectes ou le végétarisme amèneront des transformations profondes de la civilisation de la même façon que la domestication et l’élevage ont été une avancée civilisationnelle à la préhistoire, ainsi que l’entrée dans l’aire industrielle de la nourriture. Redéfinir le rapport de l’homme à l’animal et à sa nourriture c’est repenser notre société, mais c’est aussi se demander quelle humanité nous serons demain.
Une protection animale plus efficace est-elle possible ?


Sources :
Ch. Traïni, La cause animale. Essai de sociologie historique 1820-1980, Paris, Presses universitaires de France, 2011
P. Singer, La libération animale, Paris, Payot, 2012 (1re éd., 1975)
R. Descartes « Cinquième partie » Discours de la méthode, Livre de Poche, 1re éd. 1637
C. Larrère, dir. J Birnbaum « Des animaux machines aux machines animales », Qui sont les animaux ?, Saint-ArmandGallimard, 2010
A. Caron « Parce que la viande détruit la planète », No Steak, Paris, J’ai Lu, 2013
F. Burgat, « La mouvance animalière. Des « petites dames de la protection animale ». À la constitution d’un mouvement qui dérange », Pouvoirs 4/2009 (n° 131) , p. 73-84
URL : www.cairn.info/revue-pouvoirs-2009-4-page-73.htm.
DOI : 10.3917/pouv.131.0073.
Journal officiel du 6 juin 2010
P. Le Hire, « 3 000 km, sans boire ni sans manger. Le supplice de jeunes veaux destinés à l'abattoir », Le Monde, 19 aout 2016
CNRS Le journal 3 000 km, sans boire ni sans manger. Le supplice de jeunes veaux destinés à l'abattoir – Le Monde, 19 aout 2016
M. Bane, « Pourquoi la recherche animale reste indispensable » CNRS Le Journal, 2015
« Quelles sont les sanctions en cas de maltraitance sur un animal ? », Service-publique .fr, 2015
« Methane : gaz à effet de serre », Vedura.fr
« Conséquences du réchauffement climatique », Vedura.fr
« Brésil : les espèces en voie de disparition ont triplé en 15 ans », Lapresse.ca, AFP, 2008
« Changement climatique et santé humaine », globalchange                                                           «Il propose d'utiliser des poulets sans cervelle dans l'élevage de masse», CitizenPost, 2014

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 18:46

La comédie musicale Notre-Dame de Paris est sortie en 1998, elle est basée sur le roman de Victor Hugo. Belle en était la chanson-phare écrite par Luc Plamondon et composée par Richard Cocciante. Cette chanson a eu un immense succès à sa sortie et elle est restée en tête des ventes pendant plusieurs mois en France et en Belgique. Elle a été traduite dans plusieurs langues et la comédie musicale a été exportée dans plusieurs pays d'Europe.

( Quasimodo )

  1. Belle
  2. C'est un mot qu'on dirait inventé pour elle
  3. Quand elle danse et qu'elle met son corps à jour, tel
  4. Un oiseau qui étend ses ailes pour s'envoler
  5. Alors je sens l'enfer s'ouvrir sous mes pieds
  6. J'ai posé mes yeux sous sa robe de gitane
  7. A quoi me sert encore de prier Notre-Dame
  8. Quel
  9. Est celui qui lui jettera la première pierre
  10. Celui-là ne mérite pas d'être sur terre
  11. O Lucifer !
  12. Oh ! Laisse-moi rien qu'une fois
  13. Glisser mes doigts dans les cheveux d'Esméralda
  14. ( Frollo )
  15. Belle
  16. Est-ce le diable qui s'est incarné en elle
  17. Pour détourner mes yeux du Dieu éternel
  18. Qui a mis dans mon être ce désir charnel
  19. Pour m'empêcher de regarder vers le Ciel
  20. Elle porte en elle le péché originel
  21. La désirer fait-il de moi un criminel
  22. Celle
  23. Qu'on prenait pour une fille de joie une fille de rien
  24. Semble soudain porter la croix du genre humain
  25. O Notre-Dame !
  26. Oh ! laisse-moi rien qu'une fois
  27. Pousser la porte du jardin d'Esméralda
  28. ( Phoebus )
  29. Belle
  30. Malgré ses grands yeux noirs qui vous ensorcellent
  31. La demoiselle serait-elle encore pucelle ?
  32. Quand ses mouvements me font voir monts et merveilles
  33. Sous son jupon aux couleurs de l'arc-en-ciel
  34. Ma dulcinée laissez-moi vous être infidèle
  35. Avant de vous avoir mené jusqu'à l'autel
  36. Quel
  37. Est l'homme qui détournerait son regard d'elle
  38. Sous peine d'être changé en statue de sel
  39. O Fleur-de-Lys,
  40. Je ne suis pas homme de foi
  41. J'irai cueillir la fleur d'amour d'Esméralda
  42. ( Quasimodo, Frollo et Phoebus )
  43. J'ai posé mes yeux sous sa robe de gitane
  44. A quoi me sert encore de prier Notre-Dame
  45. Quel
  46. Est celui qui lui jettera la première pierre
  47. Celui-là ne mérite pas d'être sur terre
  48. O Lucifer !
  49. Oh ! laisse-moi rien qu'une fois
  50. Glisser mes doigts dans les cheveux d'Esméralda
  51. Esméralda

     Lors de cette scène, trois personnages chantent leur amour pour Esmeralda : Quasimodo, Frollo et Phoebus, interprétés respectivement par Garou, Daniel Lavoie et Patrick Fiori. Chacun des personnages correpond à une des ordres de la société médiévale : le tiers-état pour Quasimodo, le clergé pour Frollo et la noblesse pour Phoebus.

1. Les trois personnages

     Quasimodo introduit la chanson, c'est lui qui donne le ton. Esmeralda est pour lui la personne qui incarne le mieux la beauté (l.1-2). Cette beauté s'exprime à travers les mouvements de danse d'Esmeralda qui soulèvent sa robe (l.3). Ceci sera confirmé par les autres personnages, notamment Phoebus : "quand ses mouvements me font voir monts et merveilles" (l.30). C'est là que Quasimodo a "posé (ses) yeux sous sa robe de gitane" (l.6). Il exprime son désir pour Esmeralda, tout en sachant qu'il est en train de pécher "Alors je sens l'enfer s'ouvrir sous mes pieds" (l.5). Il est si engagé dans son désir que loin de culpabiliser, il renonce à la repentance en disant "A quoi me sert encore de prier Notre-Dame" (l.7). Par ces deux phrases, il scelle son destin. Le "encore" exprime l'inefficacité et l'inutilité de la prière à ce stade de désir. Cette dernière phrase, assez particulière incarne à elle seule l'antichristianisme de la chanson. En effet, le christianisme accorde une miséricorde infinie à tout pécheur qui se repent. Ici, il déplore l'inefficacité d'une telle miséricorde à son stade de péché. Celle-ci sera répétée en choeur lors du dernier couplet. Il invoque Lucifer pour lui accorder un seul geste, celui de toucher les cheveux d'Esmeralda (l.11-13).

     Frollo exprime le même resssenti à travers ses mots d'homme d'église. Il soupçonne Esmeralda d'être l'incarnation du Diable qui voudrait le faire se détourner de Dieu (l.16-19). La référence à la notion de péché originel exprimée l.20 en référence à la pomme d'Eve dans le jardin d'Eden désigne le pouvoir de tentation que la femme a sur l'homme lui permettant de le faire se détourner de Dieu pour le faire céder au diable. Dans cette scène biblique, le diable s'incarne dans un serpent pour pousser Adam et Eve à désobéir à Dieu en mangeant le fruit défendu. Il implore quant à lui Notre-Dame (la Vierge Marie) (l.25) pour le laisser "Pousser la porte du jardin d'Esméralda" (l.27). Cette expression vague désigne le désir d'accéder à ce qu'Esmeralda peut offrir de sa féminité.

     Phoebus confirme ce que Quasimodo exprimait dans le premier couplet. C'est dans la danse que réside le pouvoir de séduction d'Esmeralda (l.32-33). Il ajoute le pouvoir d'ensorcellement de son regard (l.30). Il demande à sa fiancée nommée Fleur-de-Lys de lui accorder l'autorisation de la tromper avant leur mariage (l.34-35). Lui, n'étant pas "homme de foi" (l.40), peut facilement céder à la tentation, il n'est pas retenu par des obligations vertueuses. Il ira donc "cueillir la fleur d'amour d'Esmeralda" (l.41), expression là aussi assez vague.

     Dans le dernier couplet, les trois personnages reprennent en choeur le couplet de Quasimodo exprimant ainsi l'abolition des castes et l'égalité de tous face au désir et au pouvoir d'Esmeralda sur les hommes.

     De ce texte, le thème qui ressort le plus est celui du désir. Le texte parle non pas d'un acte sexuel, mais du désir en lui-même. Un désir exprimer par des expressions vagues comme "glisser mes doigts dans ses cheveux" (l. 13), "pousser la porte du jardin d'Esmeralda" (l. 27) et cueillir la fleur d'amour d'Esmeralda" (l. 42).

2. Les références bibliques

     Le texte est parsemé de références bibliques, la première étant à la ligne 9 "(Quel) Est celui qui lui jettera la première pierre" est une référence à une parole de Jésus qui dit "que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre" en parlant d'une femme prise en flagrant délit d'adultère lisible à Jean 8:7. Dans ce passage de la chanson, juger Esmeralda est selon Quasimodo, indigne de vivre.

     Si, à la ligne 24, elle semble "porter la croix du genre humain", c'est que lors de la scène précédente, non visible dans la vidéo, elle donne de l'eau à Quasimodo qui en réclame. Elle est ainsi la seule à faire preuve de compassion envers cet être repoussant que tout le monde martyrisait jusqu'alors. Alors qu'on la prenait pour une prostituée elle semble soudain être le Christ. Les esprits les plus érudits pourraient y voir une référence à la femme samaritaine lisible dans Jean, chap. 4. Pendant ce passage de la chanson, elle est penchée au-dessus d'un puits, ce qui laisse confirmer cette hypothèse.

     La ligne 27 "Pousser la porte du jardin d'Esméralda" pourrait faire l'objet d'une autre interprétation où elle ferait alors référence au chapitre 4 du cantique des cantiques "C'est un jardin fermé que ma sœur fiancée, une source fermée, une fontaine scellée."

     Ligne 35 à 37 quand Phoebus dit "Quel/Est l'homme qui détournerait son regard d'elle/Sous peine d'être changé en statue de sel" c'est une référence à la fuite d'Abraham et de Lot et leurs femmes de Sodome et Gomorre à qui Dieu interdit de se retourner pour regarder en arrière. Dans ce passage à Ge 19:26, la femme de Lot désobéit et se transforme en statue de sel.

     On a tout au long de ces références des inversions par rapport au récit biblique et aux références catholiques. C'est le fait de jeter la pierre à Esmeralda qui rendrait celui qui exécute ce geste indigne de la vie. Quasimodo implore Lucifer au lieu de demander protection auprès de Dieu. Dans le passage biblique, Jésus enjoint à la femme de ne plus pécher. Dans ce couplet, c'est parce qu'Esmeralda est innocente. Innocente parce que légitime. Celle qu'on prenait pour une fille de joie devient le Christ ou plutôt l'antéchrist sur lequel reposent les péchés des hommes non pas pour être absous mais pour réconcilier les hommes et leurs désirs et le jardin fermé dont la porte doit être poussé. Frollo demande l'autorisation de pénétrer ce jardin au lieu de demander la protection de Notre-Dame, de lui demander de la délivrer de la tentation. C'est le fait de détourner son regard d'Esmeralda qui fait encourir la peine d'être changé en statue de sel. On assiste à une inversion du bien et du mal. C'est ici une transgression vis-à-vis de la religion catholique qui est exprimé à travers ce renversement. En demandant à sa dulcinée l'autorisation de la tromper, Phoebus tente se libérer de son devoir de chasteté, de normaliser les rapports sexuels en dehors du mariage. C'est désormais détourner son regard d'elle qui est passible d'être changé en statue de sel car c'est elle qu'il faut regarder, c'est elle qu'il faut suivre.

Conclusion

     À travers ces trois personnages tous représentants d'une partie de la société, c'est toute une société qui se détourne de la religion pour sucomber au désir de la chair. Le contexte historique est également important : en 1482, l'année où se déroule l'histoire, à l'aube de la Renaissance, c'est toute une société qui se délie du christianisme pour entrer dans l'époque moderne qui débouchera sur le libertarisme sexuel, le féminisme et le cosmopolitisme incarnés dans cette chanson. La phrase "glisser mes doigts dans les cheveux d'Esmeralda" joue ainsi le rôle d'une introduction, une entrée censée déboucher sur quelque chose d'autre, plus explicite.

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9 mai 2016 1 09 /05 /mai /2016 17:52

Agro = champ ; glyphe = gravure​

Agroglyphe est le nom qu'on donne aux formes géométriques tracées furtivement la nuit dans les champs. Ils sont l'oeuvre soit de forces mystiques, soit de boules d'énergie cosmique qui arrivent pendant certaines périodes de l'année et disparaissent en quelques secondes, soit d'êtres intelligents invisibles qui cherchent à entrer en communication avec nous, soit l'oeuvre d'artistes amateurs.

Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
Agroglyphe
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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 15:50

     Cet article fait suite au scandale de l'abattoir de Vigan, certifié bio et labélisé. Outre l'horreur de ces images, il existe une réalité qu'il faut toutefois expliquer afin de remettre cet évènement dans son contexte et le comprendre.

 
Abattoirs et protection animale : une impasse ?

     Manger de la viande semble aller de soi : il y en a quasiment tous les jours à la maison, elle est disponible de façon inépuisable sur les grandes surfaces, la plupart des plats que l'on trouve dans les restaurants sont constitués de viande. Or, la consommation de produits carnés ne va de soi que depuis le XVIIIème siècle avec la Révolution industrielle qui en a permis la démocratisation, entrainant une amélioration de la santé. Les populations pouvaient alors manger à leur faim. Depuis, la population a fortement augmenté, la consommation de viande également. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l'industrialisation de la France se généralise, la paysannerie disparaît au profit d'une agriculture professionnelle et rationalisée.
     C'est cette rationalisation de la production de viande qui permet à la fois de nourrir une population nombreuse et qui en même temps est la cause de toutes les souffrances animales. Dans un souci d'éthique sont toutefois mises en places des lois, des règles et des normes. Nous consommons de la viande plusieurs fois par semaine. Pour répondre à une telle demande, il faut augmenter les rendements et les cadences. Malgré toutes les normes en place, la cadence imposée empêche ces normes d'être respectées. L'animal est parfois mal étourdi, et au lieu de recommencer, il est attaché par les pattes pour être égorgé tout en étant conscient. Autrement dit, c'est nous tous, réunis et individuellement qui faisons augmenter la demande et ainsi les cadences, parce que nous tenons absolument à manger de la viande chaque jour.

Abattoirs et protection animale : une impasse ?

     Dès lors on peut se demander si cette logique n'aboutirait pas sur une impasse. Nous vivons dans une société où l'Homme est placé au-dessus de tout, où il domine la nature à laquelle il est étranger. La production de viande obéit à des raisons économiques et gastronomiques non négligeables. Des milliers d'agriculteurs en vivent, des lobbies font pression sur les pouvoirs publics pour continuer à vendre toujours plus de viande. La viande est un aliment savoureux avec un fort apport en protéines. Malgré le militantisme d'activistes, ces raisons économiques seront toujours plus fortes que la cause animale. Jamais les abattoirs ne seront fermés et jamais nous n'arriveront à accoler nos actions individuelles en devenant végétariens parce que le commun de la population n'est pas prête à un tel sacrifice. Un changement des mentalités n'est donc pas envisageable à court ou moyen terme.
     L'exploitation de l'animal au service de l'homme se heurte à la responsabilité que l'homme s'accorde vis-à-vis des animaux et aboutit à une contradiction : on ne peut pas s'indigner éternellement de la mort atroce de tant d'animaux tout en continuant à le considérer comme une matière première. En France, deux milliards d'animaux sont tués par an quel que soit le motif, alimentaire ou non. D'un autre côté on domestique des animaux pour les caresser, en prendre soin et jouer avec eux. Ne reste que deux solution : soit on se dit que la maltraitance animale est intolérable et on cesse de les mettre à mort, soit que la souffrance animale est nécessaire à nos besoins et on cesse de s'émouvoir de pauvres petits agneaux trop mignons écartelés vivant sans avoir rien demandé. Je laisse chacun à ses opinions.

Cependant, une innovation pointe le bout de son nez : une étude propose d'élever des poulets en supprimant leur cortex cérébral. Elle propose également de leur enlever les pattes pour gagner de la place. Ainsi, il serait possible de produire plus de poulets que dans un élevage concentrationnaire sans blessures ni souffrances animales tout en continuant de nourrir toute la population. Cependant, cette innovation soulève d'autres questions : celle de la manipulation du vivant et du statut des animaux : peut-on faire ce que l'on veut avec le vivant, le manipuler pour répondre à nos besoins ? Cela modifiera-t-il un statut juridique animal déjà ambigu ? Cette technique, loin d'être irréaliste, serait l'aboutissement de ce qu'est pour nous l'animal : une matière première à notre disposition. Ne restent que les conséquences de ce genre d'innovations que nous ne connaissons pas encore sur notre rapport au vivant, et qui pourrait s'extrapoler à l'humain : une nouvelle ouverture sur le transhumanisme ?

 

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 14:35

Auteur : Tristana Pimor

Genre : éthnologie, sociologie de la déviance

 

Zonards : une famille de rue

On les voit parfois assis à l'entrée des monoprix, faisant la manche, accompagnés de leurs fidèles compagnons à quatre pattes, arborant des coupes de cheveux extravagantes. Ce sont les punks à chiens. Mais qui sont les punks à chiens ? C'est la question à laquelle l'ethnologue Tristana Pimor a tenté de répondre en étudiant un groupe de punks à chiens par observation participante.

     Ce livre retrace la thèse de cette étudiante devenue aujourd'hui enseignante-chercheuse qui se déroule sur quatre années de recherches auprès d'un groupe de ce que l'auteure appelle des "zonards" terme moins connoté selon elle. L'accent est mis sur les intéractions au sein du groupe mais également entre les sujets et les riverains et les travaileurs sociaux et les représentations qui en sont faites, ainsi que les réactions des zonards face à ces représentations. L'auteure étudie la manière d'entrer dans "la Zone", ses rites de passages et les différentes manières d'en sortir qui sont au nombre de quatre : le retour à la norme, le Travelling, l'errance institutionnelle ou la mort. C'est également tout un système de représentations qui est mis au jour à travers cette enquête de terrain. On y découvre un monde possédant sa propre culture, son système de valeurs, communautaire, organisé selon des règles et des rites. Le lecteur est plongé dans le quotidien de cette bande de zonards marquée par la violence, la prise de psychotropes et les teufs. Cet univers qu'on imaginait destructuré se révèle être organisé par des règles et des normes selon une idéologie anarcho-primitiviste contestataire, proche d'une tribu, à laquelle sont attachés des idéaux de sous-consommation et de solidarité. À cette culture alternative s'ajoutent mythes et croyances faits de musique tekno et de complotisme. Derrière son anticonformisme apparent, cette communauté se révèle être très coercitive à l'image des solidarités traditionnelles et le machisme y est également très présent. 

     Le livre se présente sous la forme d'un récit, le récit d'une rencontre avec une population méconnue, y compris des services sociaux, le rendant tout public, tout en y mélant la rigueur scientifique qu'on attend de ce type d'ouvrages. On retrouve les notions développées par l'illustre école de Chicago tout en balayant les concepts développés par la sociologie depuis ses débuts. L'ouvrage est donc une excellente entrée en matière pour celui qui souhaite s'intéresser à la sociologie, qu'il soit étudiant ou non, ou simplement intrigué par le phénomène zonard. 

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