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23 mai 2014 5 23 /05 /mai /2014 11:11

Genre : théatre de l'Absurde

Auteur : Eugène Ionesco

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Rhinocéros est un représentant de théatre de l'Absurde. Il fut publié en 1959 par Eugène Ionesco après sa fuite du nazisme.

L'Absurde se caractérise par le désarroi de l'homme par rapport à sa place dans le un monde dont le sens est biaisé par la masse conformiste. Il se caractérise ici par la transformation des habitants d'une ville en rhinocéros.

 

Résumé

Cette pièce se divise en trois actes, chacun montrant un stade de l'évolution de la « rhinocérite ».

Acte I

Dans l'acte I, les rhinocéros en liberté provoquent tout d'abord l'étonnement et choquent les personnages. Jean ne parvient pas à croire que ce qu'il a vu était réel, il énonce même clairement « cela ne devrait pas exister ». Le patron de l'épicerie jette un cri de fureur (révolutionnaire) en voyant la ménagère partir avec son chat écrasé « Nous ne pouvons pas nous permettre que nos chats soient écrasés par des rhinocéros ou par n'importe quoi ! ». Comme à la montée de chaque mouvement politique extrémiste et totalitaire, les gens sont tout d'abord effrayés.

 

Acte II

Les habitants commencent à se transformer en rhinocéros et à suivre la "rhinocérite". C'est là que l'on relève les premières oppositions clairement marquées, selon Botard c'est « une histoire à dormir debout ! », « c'est une machination infâme ». Ce dernier ne veut pas croire en la réalité de la "rhinocérite" (comme certains ont pu nier la montée des extrêmes). Mais pourtant lui aussi va se transformer en rhinocéros malgré ses préjugés, montrant ainsi que même les plus résistants peuvent être dupés par les beaux discours de la dictature. Les personnes commencent à se transformer en rhinocéros : c'est le cas de Monsieur Bœuf, rejoint ensuite par sa femme, « je ne peux pas le laisser comme ça » dit-elle pour se justifier. Les pompiers sont débordés, le nombre de rhinocéros augmente dans la ville. Ensuite, Jean, personnage si soucieux de l'ordre au départ et si choqué par la présence de rhinocéros en ville, se transforme lui-même en rhinocéros, sous les yeux désespérés de son ami Bérenger. On assiste ainsi à la métamorphose d'un être humain en rhinocéros. Jean est tout d'abord malade et pâle, il a une bosse sur le front, respire bruyamment et a tendance à grogner. Puis il verdit de plus en plus et commence à durcir, ses veines sont saillantes, sa voix devient rauque, sa bosse grossit de plus en plus pour former une corne. Jean refuse que son ami appelle un médecin, il parcourt sa chambre comme une bête en cage, sa voix devient de plus en plus rauque et Jean émet des barrissements. Selon lui, il n'y a rien d'extraordinaire au fait que Bœuf soit devenu rhinocéros, « Après tout, les rhinocéros sont des créatures comme nous, qui ont le droit à la vie au même titre que nous ! », lui qui était pourtant si cultivé, si féru de littérature.

 

Acte III

Au dernier acte, tout le monde devient rhinocéros, même Daisy et Dudard. Bérenger est le seul à réagir humainement et à ne pas trouver cela normal. Il s'affole et se révolte contre la "rhinocérite". Dudard minimise la chose puis devient rhinocéros car son devoir est « de suivre ses chefs et ses camarades, pour le meilleur et pour le pire » (camaraderie enseignée dans les jeunesses hitlériennes). Et Daisy refuse de sauver le monde pour finalement suivre les rhinocéros qu'elle trouve soudainement beaux, dont elle admire l'ardeur et l'énergie. Néanmoins, après beaucoup d'hésitations, Bérenger décide de ne pas capituler : « Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout ! Je ne capitule pas ! ». La pièce se termine ainsi.

Source : wikipédia

Le totalitarisme

Eugène Ionesco aborde ici le thème du totalitarisme mais aussi du conformisme par la transformation des habitants d'une ville en rhinocéros. On voit divers peronnages se transformer en bêtes sauvages indifférenciées les unes des autres. Plus il y a de transformations , plus la normalité se déplace vers la bestialité et se fait alors une inversion des valeurs entre l'humanité et la bestialité, la métaphysique et l'idéologie par l'opposition entre les questions existencielles de Bérenger et ses raisonnements fantaisistes "peut-être a-t-il fait son nid sur une branche" et l'éloge de la force par Jean et la logique pervertie du logicien. Nous avons l'opposition entre la fonction phatique (relationnelle) du langage et sa fonction métalinguistique (échange d'idées) qu'on observe par exemple à la vue du rhinocéros quand tous les personnages non individualisés par leurs prénoms comme la ménagère ou le vieux monsieur répètent les mêmes répliques stéréotypées "Oh, un rhinocéros!", "ça alors!" et où Bérenger est le seul à se démarquer :"Ne pleurez pas madame, vous nous fendez le coeur" dit-il à la ménagère lorsque son chat se fait écraser. Enfin, le clivage entre l'individu et la masse. Masse incarnée par des personnages comme la ménagère, la serveuse, etc et l'individu incarné par Bérenger.

 Le conformisme s'avère ici être une forme de totalitarisme ou ni l'humain ni l'individu, ni les sentiments, ni l'imagination n'ont leur place. Jean confessera d'ailleurs dans l'Acte II "Je ne rêve jamais".

Les personnages

D'autres personnages individualisés par leurs noms se transforment en fonction de leurs caractéristiques personnelles. Certains ont des prédispositions, comme Monsieur Boeuf qui est le premier à se transformer.

  • Jean, dont le prénom prédispose à se fondre dans la masse des "gens" ne raisonne que par des lieux communs, il fait preuve d'une certaine mauvaise foi en prodiguant des conseils que lui-même ne suit pas. Il privilégie l'apparence par rapport à l'être en faisant des remarques sur la tenue vestimentaire de Bérenger. Lorsqu'il fait l'éloge de "l'homme supérieur" et du normalisme, il n'est qu'à un pas de faire l'éloge de la race aryenne. 
  • Botard, dont le nom fait référence aux bottes de nazi est prédestiné à écraser. Il est anti-tout. Après avoir dit que "les journalistes sont tous des menteurs", il se dit "antiraciste" puis, critique les méridionaux et leur excès d'imagination. Sa mauvaise foi le fait nier qu'il a affirmé l'inexistence du rhinocéros lorsqu'il apperçoit monsieur Boeuf métamorphosé en bas de l'escalier. " "Non, monsieur Dudard, je ne nie pas l'existence rhinocérique, je ne l'ai jamais niée". 
  •  Dudard, quant à lui, c'est son ouverture d'esprit excessive qui va l'amener à tolérer l'intolérable  et à se rallier à l'opinin commune. Ce personnage est réservé dans sa prise d'opinion. Il accepte tous les points de vue "Je ne dis pas le contraire, je ne vous approuve pas non plus".
  • Daisy est l'incarnation de tous les archétypes féminins. Selon une lecture psychanalitique de l'oeuvre que l'on pourrait avoir, Daisy souffre d'un complexe de personna (ce que l'on représente aux yeux de la société) : elle représente tous les archétypes féminins, simple passante, lors du premier Acte, blondasse draguée par ses collègues lors du deuxième Acte, puis amante lors du troisième Acte. Elle finira par se rallier à la nouvelle norme par fascination pour les rhinocéros. 
  • Enfin, le logicien se métamorphosera à force de confusion par paralogisme d'une logique pervertie  qui fait écho lors de l'Acte I à à la leçon de morale de Jean. 
  • Les personnages restants, qui forment la masse des individus se transforment uniquement par conformisme.

La métamorphose

La métamorphose symbolise l'abandon de la cause humaine au nom de de la bestialité. Elle est issue d'un processus logique, celui du totalitarisme, et ne peut donc pas être placée dans un cadre fantastique. Les personnages changent de forme, pas de fond. C'est leur conformisme, leurs tendances personnelles qui font pencher la balance du côté de la métamorphose. Le rhinocéros est un animal lourd, fonceur, écrasant. L'écrasement du chat au deuxième passage de rhinocéros révèle la potentialité de tueur du rhinocéros. La couleur verte représente l'uniforme nazi. La transformation de Jean dans son appartement peut être vue à un niveau psychanalitique comme le symbole de l'être : ici le mal vient de l'intérieur de soi-même. Juste après le passage des deux rhinocéros, il se fait un débat sur le nombre de cornes des rhinocéros, est-ce qu'il y a eu deux rhinocéros ou deux fois le même, est-ce que le rhinocéros africain ou asiatique qui a une ou deux cornes, etc... aucun ne se demande pourquoi il y a eu un passage de rhinocéros. La beauté des têtes qui grandit montre l'échange entre les valeurs. Les rhinocéros étaient vilains, c'est eux qui sont beaux. "Ce sont des dieux" dit Daisy. 

De même, ce serait une erreur de voir chez Bérenger une transformation intérieure : en effet, il est le seul à ne pas changer. Il reste lui-même jusqu'au bout. Il reste humain, mais ne devient pas surhumain. Il reste antihéros jusqu'au bout et ne devient pas pas héros car à aucun moment il n'a accompli d'actes exceptionnels. Bérenger ne fait ni preuve d'une force ou d'une volonté particulière, il reste simplement représentant de de la cause humaine. Tout au long du monologue final il est en proie au doute.

Déformation du langage

Le langage étant le principal moyen de communication, sa déformation devient une arme totalitaire. Jean s'exprime par tautologies pendant qu'il fait l'éloge de la force "j'ai de la force parce que j'ai de la force" Le passage du rhinocéros couvre les conversations et gêne la communication entre les personnages. Les répliques des personnages au passage du rhinocéros sont stéréotypées : tous répètent les uns après les autres "Oh un rhinocéros" Cette répétition symbolise une tendance qu'ont les individus à répéter les paroles des leaders sans les nuancer. Lors de l'Acte II, Jean renonce à s'exprimer par phrases articulées et se met à pousser des grognements. "Chaud... trop chaud. Démolir tout cela. Vêtements ça gratte". À l'acte III Daisy propose même d'apprendre leur langage : "Mais nous devrions essayer de comprendre leur psychologie,  d'apprendre leur langage" ce à quoi Bérenger répond : "Ils n'ont pas de langage! Ecoute... Tu appelles cela un langage?"


Rhinocéros est une pièce extrêmement bien faite et très juste à bien des égards dans laquelle on pourra toujours lire de nouvelles chose, ce qui fait la richesse de cette oeuvre. En l'étudiant, on retrouve des modes de pensée que l'on retrouve dans notre réalité quotidienne.

  • Les "Jean" qui font l'éloge de la force, du normalisme et ne tolèrent aucune fantaisie, sont les symboles du totalitarisme le plus basique.
  • Des ultralibéraux comme Dudard qui, à force de faire preuve de tolérance envers tout courant de pensée finissent par tolérer l'intolérable. Le libéralisme et la tolérance doivent être nuancés parce que, poussés à leurs extrèmes, c'est une forme de cannibalisme social, où tout le monde se bouffe le nez, qui finira par se développer. 
  • La tendance à dire du mal de tout et tout le monde, chez Botard les Méridionnaux, les journalistes, la négation des extrêmes, chez certaines personnes, les juifs, les musulmans, les arabes, les noirs, les blancs, les étrangers, les gens qui mettent un drapeau français sur leur balcon, etc... Botard se dit même antiraciste, et c'est en étant antiraciste, antifasciste que l'on finit par réprimer les gens qui ne le sont pas.
  • Le sens du devoir envers la société comme en parle Dudard, ou comme le fait Daisy. L'esprit de camaraderie ou le désir de plaire à la société, maintenus de ménère irréfléchie pousseront à accomplir l'inacceptable.
  • Les suiveurs, qui ne raisonnent qu'avec le cerveau commun, prêts à acepter n'importe quelle idée qui correspond aux normes de la société.

L'individu doit trouver son équilibre par rapport à lui-même et non par rapport à la société. Il existe dans le monde ds tas de modèles sociaux très différents et un l'individu ne peut saisir la vérité du monde en se basant sur celle de la société dans laquelle il vit.

 


 

 

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Published by Tigre de Feu (original) - dans Lumière sur...
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