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  • : Mon Univers : littérature, sciences et histoire se côtoient avec une pointe d'humour et de musique dans une chaude ambiance de feu agrémentée de photos, de dessins, de nouvelles et de citations.
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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 12:00

     Facebook est un réseau social, lieu d'expression où chacun peut s'exprimer, se faire entendre. On peut échanger avec ses amis, avec un grand nombre d'utilisateurs, on peut se rassembler pour débattre de sujets important comme des loisirs. On peut y exprimer ses idées et partager de l'information. Le fil d'actualité nous bombarde d'informations dans lesquelles on peut piocher et s'informer comme on veut par le biais de pages auxquelles il suffit de s'abonner. Facebook nous rend autonomes, nous permet de nous rassembler, de partager de l'information alternative. Facebook est-il donc un contre-pouvoir? Pour répondre, nous allons voir comment la pensée s'exprime à travers Facebook, ensuite, nous analyserons l'effet de Facebook sur les liens sociaux, enfin, nous observerons les effets produits par le virtuel.

Facebook est-il un contre-pouvoir?

1) L'expression de la pensée sur Facebook

     Pour voir comment on s'exprime sur Facebook, analysons un fil d'actualités. On y est bombardé d'informations, de signaux. On y trouve des informations qui diffèrent par leur nature : statuts, images dont certaines sont en gif, vidéos dont certaines se mettent en route toutes seules, des articles, des annonces. Elles diffèrent par leur provenance : amis, pages, groupes, annonceurs. Enfin, elles diffèrent pas leur thème : loisirs, actualités, politiques, sciences, etc. Notre attention est attirée par une chose et l'autre, on passe du coq à l'âne. On n'a pas le temps d'analyser chaque sujet avec attention l'un après l'autre. Il faut réagir à l'instant de manière rapide, si bien qu'on commente parfois un article sans l'avoir lu. On réagit à l'instant T. Qu'est-ce qui s'exprime plus vite qu'une émotion? Les réactions sont souvent émotionnelles et ne favorisent pas la réflexion. Les boutons de réaction de Facebook expriment d'ailleurs un panel d'émotion.

Facebook est-il un contre-pouvoir?

Pour être lu, il faut être percutant, il faut être concis. A chaque fois qu'on publie, on risque d'être noyé dans la masse. De plus, les sections de commentaires ne sont pas prévues pour développer un raisonnement structuré, elles sont faites pour commenter. Plus on écrit quelque chose de long, moins on a de chance d'être lu jusqu'au bout. N'essayez pas non plus d'être pertinent, les slogans sont suffisants car ils sont plus percutants qu'un raisonnement construit, argumenté et nuancé. Il faut être rapide car les commentaires s'enchainent et on a tôt fait de perdre le fil et de retrouver de nombreux commentaires à lire après avoir quitté la conversation pendant plusieurs heures.

Exemple d'un raisonnement fallacieux dû à la non-maîtrise du concept de national-socialisme qu'il est possible de déceler grâce à une recherche internet. Le commentaire du bas est encore un exemple de raisonnement de ce type qui consiste à définir les mots comme on le souhaite afin de leur faire dire ce que l'on veut. L'auteur de ce commentaire essaie de vider les mots de leur substance, vider les concepts de leur contenu. Pour décridibiliser ce genre de commentaires, il suffit de prendre un dictionnaire ou de faire de l'histoire.

Exemple d'un raisonnement fallacieux dû à la non-maîtrise du concept de national-socialisme qu'il est possible de déceler grâce à une recherche internet. Le commentaire du bas est encore un exemple de raisonnement de ce type qui consiste à définir les mots comme on le souhaite afin de leur faire dire ce que l'on veut. L'auteur de ce commentaire essaie de vider les mots de leur substance, vider les concepts de leur contenu. Pour décridibiliser ce genre de commentaires, il suffit de prendre un dictionnaire ou de faire de l'histoire.

Pour partager un raisonnement construit il faut le faire à travers un article. Les blogs ont un format favorisant la réflexion et l'argumentation, en tout cas bien plus que Facebook. Seulement, les articles se retrouvent noyés dans une masse, certains les commentent sans les avoir lus. Facebook a également un impact négatif sur la concentration. Le travail est entrecoupé de coups d'œil sur Facebook, le fait d'être stimulé sans cesse par des signaux provoque une addiction qui fait que plus on y passe de temps, plus il est difficile de se concentrer sur un sujet. Une étude montre que 52 % des enfants de 13 à 17 ans avouent aller sur un réseau social pendant qu'ils font leurs devoirs. Et 25 % le font au moins 30 minutes tous les jours. Les adultes en font tout autant et on estime à une demie heure par jour le temps perdu sur Facebook en entreprise. À force de faire du zapping, on devient moins patient et il est plus dur de se concentrer sur la lecture d'un livre, voire sur la lecture d'un article sérieux. Le slogan est plus efficace que l'argumentation. Il permet de dire tout ce que l'on veut, voire n'importe quoi, il permet les sophismes et les raisonnements fallacieux qu'on pourrait déceler si on prenait le temps de les décortiquer. Chose intéressante : sur Facebook on retrouve les thèmes discutés dans les grands medias. Il n'est pas nécessaire d'allumer sa télévision pour savoir ce qu'il s'est passé pendant la journée. On y retrouve les émissions de télévision. Les thèmes abordés quel que soit l'angle sous lequel ils le sont, ont été choisis par les médias mainstream. La télévision décide jusque là de ce dont il faut parler. Pourtant Facebook se veut être une alternative au système médiatique et prétend rendre les individus autonomes dans leur rapport à l'information.

 

Voici un exemple d'argumentaire fait de slogans ("pourquoi l'un est beau et l'autre laid?") et de sophismes (Le PS et LR soutiennent des lobbies et des guerres, or les lobbies et les guerres sont d'extrême-droite (en tout cas selon sa définition), donc PS et LR sont d'extrême-droite), les définitions prises (celles de gauche, droite, extrême-droite) ne sont pas celles des sciences politiques, mais celles qui arrangent l'auteur. L'auteur ne maîtrise pas le concept de national-socialisme car il croit que c'est le marxisme en plus du nationalisme alors que le nazisme était opposé au marxisme ce qui aurait pu être su suite à une rapide recherche sur wikipédia. Tout ce raisonnement fallacieux permet de justifier le nationalisme, concept qu'il ne maîtrise pas non plus et qu'il confond avec le souverainisme et l'indépendantisme tout en délégitimant les partis au pouvoir. Vous noterez le manichéisme du "vous avez insulté pendant des décennies tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec vous de Nazis" typique de celui qui n'aime pas entendre un son de cloche plus nuancé. Le manichéisme est tout le contraire d'une démarche scientifique.

Voici un exemple d'argumentaire fait de slogans ("pourquoi l'un est beau et l'autre laid?") et de sophismes (Le PS et LR soutiennent des lobbies et des guerres, or les lobbies et les guerres sont d'extrême-droite (en tout cas selon sa définition), donc PS et LR sont d'extrême-droite), les définitions prises (celles de gauche, droite, extrême-droite) ne sont pas celles des sciences politiques, mais celles qui arrangent l'auteur. L'auteur ne maîtrise pas le concept de national-socialisme car il croit que c'est le marxisme en plus du nationalisme alors que le nazisme était opposé au marxisme ce qui aurait pu être su suite à une rapide recherche sur wikipédia. Tout ce raisonnement fallacieux permet de justifier le nationalisme, concept qu'il ne maîtrise pas non plus et qu'il confond avec le souverainisme et l'indépendantisme tout en délégitimant les partis au pouvoir. Vous noterez le manichéisme du "vous avez insulté pendant des décennies tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec vous de Nazis" typique de celui qui n'aime pas entendre un son de cloche plus nuancé. Le manichéisme est tout le contraire d'une démarche scientifique.

Comme nous le voyons, tout cela a un effet sur la teneur des débats. On ne prend plus le temps d'examiner chaque argument et on n'a plus le temps de construire les siens. On ne cite plus de sources, on ne vérifie plus rien. On fait des raccourcis, des citations hors contexte, on juge l'honnêteté d'un politicien à une photo. Or, une éducation aux médias devrait permettre d'éviter de tirer des conclusions à partir d'une image. On ne sait plus analyser un argument et reconnaître des niveaux de preuves. C'est le règne de l'irrationnel, de l'émotion, de l'instantané.

Voilà comment un internaute démontre que l'islam représente un danger pour la France : avec des faits isolés les uns des autres qui ne se passent même pas en France. Notons au passage que l'excision qu'il dénonce ici n'a d'existence ni dans le Coran ni dans la Sounna et qu'elle est aussi pratiquée dans des pays chrétien d'Afrique subsaharienne.

Voilà comment un internaute démontre que l'islam représente un danger pour la France : avec des faits isolés les uns des autres qui ne se passent même pas en France. Notons au passage que l'excision qu'il dénonce ici n'a d'existence ni dans le Coran ni dans la Sounna et qu'elle est aussi pratiquée dans des pays chrétien d'Afrique subsaharienne.

Un autre considère un témoignage trouvé sur internet comme une preuve. (Une assertion exceptionnelle mérite des preuves exceptionnelles sans quoi elle peut être rejetée sans preuve).

Un autre considère un témoignage trouvé sur internet comme une preuve. (Une assertion exceptionnelle mérite des preuves exceptionnelles sans quoi elle peut être rejetée sans preuve).

2) Le lien social sur Facebook

     Fait important à souligner : grâce à Facebook les hiérarchies disparaissent. L'anonymat partiel de Facebook ne permet pas de savoir à qui on a affaire. Ainsi, on s'adresse au branleur de la même façon qu'on s'adresse au docteur, sans tenir compte du statut social, de l'âge, du niveau de diplôme. Cet effet est permis par la discussion par écrans interposés. Ce mode de communication a un effet désinhibiteur. Comme on n'a personne en face de soi, on ne craint pas la réaction de notre interlocuteur, on ne craint pas d'être mal vu. Il est plus facile d'être agressif, arrogant et méprisant. On n'examine pas toujours les arguments eux-mêmes, on cherche le sens général et on regarde s'il va dans son sens ce qui nous permet de le valider par un "j'aime" ou de le contredire, parfois de manière condescendante. On prend les définitions qui nous plaisent pour légitimer ou affirmer une idée. Des débats stériles peuvent avoir lieu quand deux personnes donnent un sens différent à un mot, par exemple celui de "démocratie" entre les étymologistes et les dialectistes si je puis l'exprimer ainsi qui préfèrent prendre ce terme dans son sens dialectique. On discute de sujets sérieux sans rigueur en se prenant pour des intellectuels. Des désaccords mineurs peuvent dégénérer très vite en dispute, voire en agressivité. Lorsque deux personnes ne partagent pas le même point de vue, il est très rare que les uns et les autres s'apportent quoi que ce soit. Au contraire, chacun reste borné dans ses idées. Si l'autre n'est pas d'accord, ce n'est pas parce qu'il a un autre point de vue, c'est parce qu'il n'a pas compris. Il ne faut pas oublier une chose : Facebook est un lieu d'expression individualiste. Ce réseau social met l'individu au centre. On y écrit pour se faire valoir, pour montrer combien on est intelligent, pertinent et spirituel. On le fait par le partage de l'information, des idées et des opinions. On débat avec les autres pour montrer qu'on a mieux compris qu'eux. Chacun a raison, il n'y a plus d'idée centrale autour de laquelle se rassembler, mais surtout plus de chef fédérateur. On se divise sur des désaccords mineurs, les courants de pensée se subdivisent jusqu'à représenter un seul individu. Facebook est l'accomplissement de la démocratie, il est la réalisation d'un anarchisme au sens politique, c'est-à-dire une organisation sociale sans autorité et sans hiérarchie. La liberté absolue à laquelle s'ajoute l'arrogance de l'individualisme ne mène qu'à la division. Facebook divise jusqu'à réduire l'individu à son individualité triomphante. Les oppositions y sont ainsi neutralisées. La maison divisée contre elle-même finit par s'effondrer.

2) Les effets produits par le virtuel

     Pourtant, tout porte à croire que Facebook est une alternative sérieuse au système : la parole y est libre, l'information partagée n'est pas sélectionnée par les médias. Il existe des pages et des groupes d'information alternative. Seulement, ces pages et ces groupes n'ont pas toujours de réalité physique. Pour ceux-ci, Facebook devient alors une finalité tandis qu'il est un moyen pour d'autres médias de partager des informations et leurs activités réalisées dans le monde réel.

Groupe qui propose de changer le système en n'ayant pas d'existence physique.

Groupe qui propose de changer le système en n'ayant pas d'existence physique.

Ici, deux médias d'information alternative de plus ou moins grand prestige
Ici, deux médias d'information alternative de plus ou moins grand prestige

Ici, deux médias d'information alternative de plus ou moins grand prestige

Cette démocratie absolue nous berce d'illusions. Nous avons vu par quels processus Facebook nous empêchait de développer une réflexion rigoureuse et de nous fédérer. Facebook ressemble en effet à un réseau où on peut s'exprimer sans être censuré, où on peut débattre, se fédérer, où on peut résister. Nous avons vu qu'il n'en est rien. Faire croire à un contre-pouvoir est à la fois le plus grand danger de Facebook et sa plus grande réussite. Facebook se révèle être un miroir aux alouettes où tout le monde croit être dans un lieu où on peut s'organiser et espérer changer le système. Si c'était le cas, pourquoi ledit système ne diabolise-t-il pas Facebook? Parce que Facebook ne fait pas peur au système, tout au contraire, le système s'en sert. Les annonceurs y font leur publicité, les hommes politiques y sont présents. Facebook est un lieu public. Les services secrets n'ont qu'à lire ce qui s'y passe pour connaître l'évolution de tout mouvement d'opposition. Facebook est surtout un lieu virtuel où il est impossible de mener une quelconque révolution contre le pouvoir des banques, la corruption ou quoi que ce soit. Examinons ce qu'est un profil Facebook : on y met ce qui nous représente. On s'y présente sous son meilleur jour. Il faut se faire valoir, montrer à quel point on est beau, joyeux, intelligent, combien nos goûts sont intéressants, combien nos vies sont merveilleuses. Pour ce faire, on sélectionne les informations qu'on montre. Le but est de récolter le plus de réactions possible. Plus on a de "j'aime" et de commentaires, plus on a atteint son but et plus on s'autosatisfait. Il y a plusieurs moyens d'attirer l'attention : l'humour, la pertinence, l'émotion, etc. Que montrent de nous une photo de vacance ou d'un dîner en famille, une réflexion faite, un slogan imaginé à un instant T? Notre profil ne montre de nous que ce que nous laissons paraître, des choses correspondant à un instant T. Des études montrent une corrélation entre le nombre d'amis Facebook et la déprime. Voir ses "amis" sous leur meilleur jour nous autodévalue. D'ailleurs, revenons sur le mot "ami". Un ami est quelqu'un avec qui nous partageons une affection et une complicité réciproque. Plus on a d'amis, plus on est sociable. Mais que reflète notre nombre "d'amis" Facebook sur la qualité de notre relationnel dans la vie réelle? Pour avoir des amis, il suffit d'envoyer des invitations à n'importe qui, à force certains accepteront et ainsi il est possible de dépasser les 1000 amis, or, qui a 1000 amis dans la vie réelle? Certes, personne. Facebook est le terrain d'un immense jeu de rôle où on peut se mettre dans la peau d'une star, d'un intellectuel ou dans celle d'un résistant.

     Facebook est donc un lieu d'illusion où la pensée ne peut s'exprimer de manière construite et réfléchie, qui de par ses effets désinhibiteurs couplés à l'individualisme arrogant ne fait que diviser. Il est un outil du système qui neutralise toute opposition. De lui, aucune révolution ne peut émerger. Sa plus grande force qui est à la fois son plus grand danger est de faire croire en ce qu'il prétend être et qu'il n'est pas. Il est la prolongation du système, l'accomplissement de la démocratie dépouillée de toute hiérarchie et de toute censure et de l'individualisme. C'est l'organisation des plus bas instincts, des défauts de chacun. Un défouloir où chacun peut exprimer son mécontentement, ses contestations. Un canalisateur de toutes les oppositions et de toutes les velléités de contestations du pouvoir en place. Ainsi, Facebook est une protection pour le système qui fait miroiter à ses opposants la possibilité de s'unir pour renverser le pouvoir. C'est l'organisation d'un consumérisme de la dissidence. Sur Facebook on évolue dans un monde virtuel totalitaire et aliénant. C'est en réalité un totalitarisme consenti où chacun dévoile volontairement sa vie privée et ses opinions. Facebook a pour prolongation Twitter qui est une poursuite du processus de la brièveté. Snapchat est l'accomplissement de cette société de l'image et de l'instantané, il est privé de la moindre pensée car il ne sert qu'à partager de l'image qui sitôt visionnée s'évanouit.

 

Le soleil brille et il est vert,

L'herbe jaune pousse sur les pierres,

Les souris bleues volent dans le ciel,

On trouve de l'or dans les poubelles,

Les feuilles des arbres sont des miroirs,

Facebook est un contre-pouvoir.

Liens sur la déprime causée par Facebook

http://www.huffingtonpost.fr/2014/05/27/facebook-depressif-lien-utilisatrices-sentiment-solitude_n_5395673.html

http://www.20minutes.fr/web/1586559-20150414-facebook-liker-bonheur-autres-conduirait-depression

La baisse de concentration provoquée par Facebook :

http://www.e-sante.fr/cote-obscur-facebook/actualite/1005

Pour les commentaires présentés :

Le rapport du nazisme au socialisme et à l'anticapitalisme

https://fr.wikipedia.org/wiki/Nazisme#Le_rapport_du_nazisme_au_socialisme_et_.C3.A0_l.27anticapitalisme

Définition de "extrême-droite" et de "nationalisme"

https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/extremedroite

https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/nationalisme

Le statut juridique de l'excision dans le sunnisme :

http://www.islamophile.org/spip/Le-statut-juridique-de-l-excision.html

les niveaux de preuves (à 5:32)

https://www.youtube.com/watch?v=tBfxnYtV4sc

 

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Published by Tigre de Feu (original) - dans La pilule rouge
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